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Tropisme Russe

Johannes Moser, dont quelques disques ont déjà célébré la lyrique discrète, serait-il parvenu à libérer son art ? Porté par le Steinway orchestre d’Andrei Korobeinikov qui réalise ici la plus éloquente partie de piano de la Sonate de Rachmaninov jamais enregistrée depuis celle qu’Elisabeth Leonskaja offrait à Heinrich Schiff, son archet se déploie enfin, chantant sans retenue, avec quelque chose de déchirant même dans les batteries du Scherzando. Continue reading Tropisme Russe

Grand Piano

Cette Dumka qui s’ouvre par un vaste paysage où point l’aube puis se met à danser comme emportée par un orchestre de balalaïka, quelle suite vertigineuse d’images sonores ! C’est Ilya Rashkovskiy qui la chorégraphie ainsi, empoignant son grand clavier mais le faisant virevolter aussi, lançant des fusées pianistiques assez inouïes, les carrant dans des rythmes dressés, élancés pour revenir, morendo, au thème nostalgique qui l’ouvrait, esseulé soudain, morcelé, comme à bout de souffle.

Et le lied infiniment las de la Romance Op. 5, quels souvenirs doux-amers égrène-t-il ? Cet art de dire va comme un gant, on s’en doute à l’un des deux objets majeurs de son album russe, à ce jour son troisième disque. Les Tableaux d’une exposition n’avaient pas connu une lecture aussi affirmée depuis Maria Yudina, rien moins, et dans sa note d’intention, Ilya Rashkovskiy indique qu’il se les ait appropriés sans rien écouter de ce qu’en firent ses collègues, passés ou contemporains.

On le croit, tant la puissance de caractérisation de sa proposition unifie cette œuvre-univers où s’incarne toute la Russie. La nature sonore toujours très lumineuse de son grand jeu de piano éclaire le recoin le plus sombre des Catacombes, mais fait aussi imploser les carillons de La Grande Porte de Kiev, et il faut entendre les appuis chancelants du Ballet des poussins dans leurs coques où le sermon de Goldberg à Schmuyle pour soudain comprendre à quel degré il sait peindre en musique.

Après les trompettes et les cloches qui referment ces Tableaux iconiques, le nocturne sulfureux de l’Élégie de Rachmaninov s’élève, barcarolle implacable jusque dans sa tendresse, prélude à une Deuxième Sonate de Rachmaninov emportée par une irrépressible bourrasque mais où pourtant les parenthèses lyriques se composent avec une éloquence rarement atteinte.

Lecture terrible, exaltante, même dans le rêve désabusé du Non allegro, avant que le Finale ne déverse ses danses symphoniques. Un piano ? Un orchestre. Je suivrais pas à pas Ilya Rashkovskiy.

LE DISQUE DU JOUR

cover rachmaninov la musica RashkovskiyPiotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Dumka en ut mineur, Op. 59
Romance en fa mineur, Op. 5
Modeste Moussorgski (1839-1881)
Tableaux d’une exposition
Sergei Rachmaninov (1873-1943)
5 Morceaux de fantaisie, Op. 3 (extrait : I. Elégie en mi bémol mineur)
Sonate pour piano No. 2 en si bémol mineur, Op. 36 (version 1931)

Ilya Rashkovskiy, piano

Un album du label La Musica LMU007
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Photo à la une : © DR

Le temps des Saisons

La traduction est poétique. Tchaïkovski intitula la suite d’épigraphes lyriques qu’il composa entre décembre 1875 et novembre 1876 « Les Mois », mais c’est bien le rythme des saisons qui s’y fait entendre Continue reading Le temps des Saisons

Ballet en noir et blanc

Tout un disque resserrant les plus belles transcriptions pour deux pianos que les ballets de Tchaïkovski auront inspirés à des compositeurs qui lui firent par là allégeance, voilà le joli cadeau de Noël que Mari et Momo Kodama nous offrent, et ce n’est pas rien. Continue reading Ballet en noir et blanc