petignac-mei-photo

Retour chez Goldberg

En 1990, Dominique Calace de Ferluc enregistrait les Variations Goldberg selon Zhu Xiao-Mei ; elles firent sa légende : ce clavier qui coule d’une source pure ne s’y était plus entendu depuis Kempff, lavait les oreilles du « moi je » de Glenn Gould. René Martin les publiera chez Mirare alors que paraissait chez Actes Sud les Mémoires de Chine – répression, rééducation – de la pianiste. Bach lui fut, comme de tous temps à Casals, à Serkin, au travers des épreuves, la terre promise, mieux !, donnée.

Établie à Paris, consolée, fêtée, sa terreur s’apaisa, une pianiste considérable parue, abordant de face Schubert, Mozart, Schumann avec un aplomb, une simplicité, une lumière qu’on retrouvait aussi chez Miguel Ángel Estrella respirant les embruns de la Tempête de Beethoven. Pour être pianiste, et pianiste conscient de la transcendance, fallait-il être passé par tortures physiques et psychiques dans ce XXe siècle ? Serkin aurait probablement répondu oui hélas !

En tout état de cause, il faut croire qu’à un moment, la musique sauve. Un presque quart de siècle aura passé, Paul Smaczny attendait, finalement Zhu Xiao-Mei revint aux Goldberg. Et quelque chose s’y libère encore plus dans les polyphonies, dans le cantabile, dans la liberté de la main gauche qui « contrechante » comme seule avant elle Kempff l’osa (ou du clavecin Helmut Walcha : dans la ligne et pas comme chez Gould dans la litote d’un contrepoint qui soulignerait en gras. Le chant est partout.

Kazuto Osato lui a réglé son Steinway un peu court pour que cela joue, quelques minutes suffisent pour s’y faire, l’harmonie rayonne, le temps s’abstrait, les variations magiques, fluides, parlent, font leur petit théâtre tendre (écoutez seulement les deux claviers de la Quatorzième). C’est certain, le sommeil ne vous viendra jamais, car sitôt fini ce disque se recommence.

LE DISQUE DU JOUR

cover-bach-goldberg-mei-accentusJohann Sebastian Bach (1685-1750)
Variations Goldberg,
BWV 988

Zhu Xiao-Mei, piano

Un album du label Accentus
ACC 30372

Acheter l’album sur le site du label Accentus Music ou sur Amazon.fr

Photo à la une : © Domaine Musical de Pétignac

william-youn-c-i-zandel

De la grâce

Hier, Fazil Say donnait en une seule boîte toutes ses Sonates de Mozart, tissant entre elles le grand nocturne des andantes. William Youn poursuit la sienne avec ce quatrième volume, où l’évidence des lignes, la plénitude du cantabile, ce toucher varié et pourtant uni dans une couleur de nacre vont droit au cœur de ce qu’est le clavier de Mozart : pas un marteau mais un chanteur qui rêve, rit (le Rondo de la KV 281 est irrésistible), s’émeut. C’est vraiment joué par un Dieu.

Derrière le soin apporté au détail, derrière ce piano très préparé où se mire une réflexion tenue, pesée, sur le sens du texte paraissent pourtant une fantaisie, une imagination lyrique, des inflexions dans la ligne qui démontrent à quel naturel mozartien est parvenu ce jeune Coréen passé par les États-Unis, établi maintenant à Munich, que les mélomanes allemands reconnaissent comme un des leurs, et peut-être le plus parfaitement classique de leurs pianistes.

C’est merveille d’entendre son Mozart si désarmant de naturel, si avare d’effets, joué grand mais sans emphase, sur un magnifique piano réglé avec art : il donne à entendre ce que les Steinway modernes, si égalisés, perdent trop souvent, des registres, des couleurs à foison dont Youn n’a plus qu’à jouer avec parfois une gourmandise presque désinvolte : voyez simplement les nuances de l’Allegro de la Sonate KV 333.

Il reste encore un volume à venir puis l’intégrale sera bouclé, mais espérons que Dieter Oehms offrira à son pianiste un orchestre : impossible que William Youn ne rêve pas aux Concertos.

LE DISQUE DU JOUR

cover-mozart-youn-4Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Les Sonates pour clavier -
Vol. 4

Sonate pour piano No. 3
en si bémol majeur, K. 281/189f

Sonate pour piano No. 5
en sol majeur, K. 283

Sonate pour piano No. 13
en si bémol majeur, K. 333

Sonate pour piano No. 18 en ré majeur, K. 576

William Youn, piano

Un album du label Oehms Classics OC1856
Acheter l’album sur le site du label Oehms Classics ou sur Amazon.fr

Photo à la une : © Irene Zandel

Artalinna, la musique, l'art, les bonnes choses