Sa Huitième

Un ange était descendu dans la Herkulessaal en ce mois de décembre 1993, suspendant la baguette de Bernard Haitink, lui inspirant la méditation ourlée de nostalgie d’un Adagio qui réussit cette quadrature du cercle : suspendre le temps sans traîner. Admirable, tout comme la profondeur de la sonorité des Bavarois, les longues phrases des cordes et des bois se répondant dans ce vaisseau tristanesque.

Quelle émotion !, que l’implacable pulsation du Finale viendra enflammer, ses déclamations premières ne laissant pas prévoir cette poésie jusque dans l’épique. La plus belle Huitième de Bruckner selon Bernard Haitink ? La version princeps avec le Concertgebouw, la captation de 2003 avec la Staatskapelle de Dresde sont d’autres phares, mais l’art du chef, alors à son sommet, le regard lyrique et puissant à la fois, la battue intemporelle qui pourtant avance, tout cela fait un concert mémorable, plus que le Te Deum bien plus tardif, dépareillé par un ténor peu en forme (vous pourrez pleurer le souvenir d’Ernst Haefliger), trop statique, mais où Krassimira Stoyanova et Yvonne Naef se couvrent de gloire.

LE DISQUE DU JOUR

Anton Bruckner (1824-1896)
Symphonie No. 8 en ut mineur, WAB 108 (version Haas)
Te Deum, WAB 45

Krassimira Stoyanova,
soprano
Yvonne Naef,
mezzo-soprano
Christoph Strehl, ténor
Günther Groissböck, basse

Chor und Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Bernard Haitink, direction

Un album de 2 CD du label BR-Klassik 900212
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Photo à la une : le chef d’orchestre Bernard Haitink –
Photo : © Ullstein Bild