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Persistance du Monde d’Hier

La sérénade agreste qui ouvre la Première Symphonie est bien la musique d’un jeune homme imprégné par la Vienne de Gustav Mahler : à vingt-sept ans, Karl Weigl paraît comme l’un des espoirs de ce qui n’est plus la nouvelle musique de la capitale de l’Empire : Schönberg, Berg et Webern défont l’écheveau de la tradition, Weigl les entend, mais son orchestre écoute d’abord ceux de Mahler, de Bruckner, de Franz Schmidt, pillant chez eux ce qui justement n’est pas dans le sillage d’une certaine tradition, fleurit en quelque sorte dans sa marge.

Quel beau poème que cet Opus 5, musique d’un temps encore absolument heureux et qui ne veut pas voir l’ère moderne. Jürgen Bruns en distille les frémissements de pastorale, les élans corsetés, sensible à cette musique infinie qui se garde bien du spectaculaire pour mieux convaincre à force de poésie. Les Images et Contes, Op. 2 (1909) dans la vêture d’orchestre que Weigl leur tailla sur mesure en 1922 sont de la même eau sereine.

Vint-huit ans plus tard, les nuages se sont amassés sur Vienne, Weigl n’entend plus sa musique dans les concerts en Allemagne comme en Autriche, sait-il que toutes les partitions d’orchestre qu’il écrira dès lors resteront notes mortes ?

En 1936, la Quatrième Symphonie est pourtant encore tentée par l’idylle, son Finale joueur mais mélancolique veut encore croire à cet éden typiquement autrichien, mais l’Allegro moderato et ses carrures de marche, la ronde sardonique de l’Allegro molto disent assez les périls qui auront envahi toute la Sixième Symphonie, achevée en 1947, vaste postlude en quatre mouvements à la fameuse Cinquième Symphonie qui décrivait l’Apocalypse.

La nuit de cendres de l’Andante molto, les masques grimaçants de l’Allegro, la déploration de l’Adagio, le sombre Finale avec ses trompettes de jugement sont dans l’œuvre de Weigl un point de non-retour auquel Jürgen Bruns ne donne pas l’élan dévastateur que lui conférait Thomas Sanderling (BIS), y cherchant plutôt une rédemption malgré le désespoir.

J’attends avec impatience les premières gravures mondiales des Deuxième et Troisième Symphonies et si demain Jürgen Bruns pouvait se pencher sur les symphonies d’un autre grand compositeur autrichien tombé dans l’oublie, Marcel Rubin

LE DISQUE DU JOUR

Karl Weigl (1881-1949)
Symphonie n° 1 en mi majeur, Op. 5
Contes et tableaux – Suite, Op. 2

Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz
Jürgen Bruns, direction
Un album du label Capriccio C5365
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Karl Weigl
Symphonie No. 4 en fa mineur
Symphonie No. 6 en la mineur

Deutsche Staatsphilharmonie Rheinland-Pfalz
Jürgen Bruns, direction
Un album du label Capriccio C5385
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Photo à la une : le chef d’orchestre Jürgen Bruns – Photo : © Ruth Dill

Expressionisme

Quel crève-cœur de voir Paul Kletzki abandonné par son éditeur historique, His Master’s Voice, qui ne lui aura consacré que des rééditions fugitives et encore !, au compte-gouttes Continue reading Expressionisme

La nuit chante

William Steinberg et Gustav Mahler. Un Chant de la terre récemment exhumé par le Studio St. Laurent et chroniqué ici soulignait les affinités électives qui réunissaient l’art sévère du premier au lyrisme du second.

En 1970, malgré tous les efforts de Leonard Bernstein Continue reading La nuit chante