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Il manquait aux gravures consenties par Rafael Kubelik et ses Munichois à Deutsche Grammophon les Symphonies de Brahms : Decca, label alors encore ennemi, les avait captées mais avec les Wiener Philharmoniker, Kubelik voulait pourtant y revenir. Les années 1980 inventaient le CD, Kubelik et son orchestre trouvaient un nouveau label très argenté et aventureux : Brahms donc.

Lectures parfaites et qui laissèrent comme un doute. Kubelik était déjà ailleurs, son nouveau monde s’appelait Mozart : un Don Giovanni génial et resté méconnu, mal édité, distribué sous étiquette Eurodisc (et qui pourtant affichait les nouvelles gloires de Munich, Varady, Auger, Titus, Thomas Moser) aura certainement fait oublier qu’alors dans les symphonies, Kubelik retrouvait l’imagination, les foucades mais aussi l’ordonnancement impérieux qu’y mit jadis Richard Strauss lui-même. Mais le disque les ignorait : la révolution Harnoncourt était déjà en marche.

Pour l’heure, Orfeo lui proposa de revenir au chef-d’œuvre fondateur de la littérature symphonique tchèque qu’il avait abordé pour Deutsche Grammophon avec un orchestre américain (Boston !). Sa nouvelle Patrie gravée en 1984 est en soi un achèvement, paysages aussi parfaits qu’émouvants, battue fluide, couleurs subtiles, une merveille que même l’intensité du concert des ultimes retrouvailles de la Philharmonie tchèque à Prague ne peut faire oublier.

Mais Mozart ? Heureusement Orfeo, plongeant avant Audite dans les archives de la Radio Bavaroise, rétablit la vérité en publiant quatre symphonies dont une Prague et une Jupiter à tomber qu’au studio les mêmes ne réussiront pas à un tel degré d’élévation et de flamboiement pour Sony. Une 9e de Beethoven alerte et lumineuse se coule dans ce lignage (et les quelques mots de Fassbaender y sont prodigieux, écoutez seulement).

Des Dvořák libres, aventureux, « rubatissimes », une Sinfonietta de Janáček en plein champs, ne nous en apprennent pas plus mais augmentent le plaisir de ses enregistrements de studio, alors que des deux ultimes symphonies de Bruckner, introuvables ailleurs, il ôte tout pathos et déploie les lignes à l’infini comme il faisait pour les ultimes opus de Mahler.

Merveille, sa Fantastique certes !, mais surtout son Ouverture du Corsaire, avide de cordes comme jamais sinon chez Kletzki (avec le Philharmonia, oublié par EMI/Warner son éditeur !) rappellent qu’il fut toujours un fanatique de la cause de Berlioz depuis ses Troyens de Covent Garden.

Quel dommage qu’Orfeo n’ait pas aussi exhumé son Harold en Italie !, mais les Hymnes symphoniques d’Hartmann, un plein disque Bartók (Musique pour cordes, Concerto pour orchestre) plutôt crépusculaire disent aussi que Kubelik, lui-même compositeur, fut l’enfant de son siècle.

LE DISQUE DU JOUR

Rafael Kubelik
The Munich Symphonic Recordings

Franz Joseph Haydn (1732-1809)
Symphonie No. 99 en mi bémol majeur, Hob I:99
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Symphonie No. 25 en sol mineur, K. 183/173dB
Symphonie No. 38 en ré majeur, K. 504 “Praque”
Symphonie No. 40 en sol mineur, K. 550
Symphonie No. 41 en ut majeur, K. 551 “Jupiter”

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphonie No. 9 en ré mineur, Op. 125
Johannes Brahms (1833-1897)
Symphonie No. 1 en ut mineur, Op. 68
Symphonie No. 2 en ré majeur, Op. 73
Symphonie No. 3 en fa majeur, Op. 90
Symphonie No. 4 en mi mineur, Op. 98

Antonín Dvorák (1841-1904)
Symphonie No. 6 en ré majeur, Op. 60
Symphonie No. 7 en ré mineur, Op. 70
Symphonie No. 8 en sol majeur, Op. 88
Symphonie No. 9 en mi mineur, Op. 95 “Du Nouveau Monde”
Sérénade pour cordes en mi majeur, Op. 22
Sérénade pour vents en ré mineur, Op. 44

Anton Bruckner (1824-1896)
Symphonie No. 8 en ut mineur, WAB 108
Symphonie No. 9 en ré mineur, WAB 109

Hector Berlioz (1803-1869)
Symphonie fantastique, Op. 14, H. 48
Ouverture “Le Corsaire”, H. 101

Bedrich Smetana (1824-1884)
Mà Vlast, JB 1:112
Leos Janácek (1854-1928)
Sinfonietta, VI/18
Karl Amadeus Hartmann (1905-1963)
Symphonische Hymnen
Béla Bartók (1881-1945)
Musique pour cordes, percussion et célesta, Sz. 106
Concerto pour orchestre, Sz. 116

Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Rafael Kubelik, direction

Un coffret de 15 CD du label Orfeo C98115
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Photo à la une : le chef d’orchestre Rafael Kubelik lors de son retour à Prague en juin 1990 – Photo : © DR