Transsubstantiation

Autour de l’Opus 111, qui est un monde en soi, Severin von Eckardstein organise une savante cosmogonie qui vécut d’abord comme programme de concert. Après l’épreuve de la scène, l’un des plus saisissants maîtres contemporains de l’instrument sera donc entré au b-sharp Studio de Berlin pour confier aux micros de Martin Kistner ce voyage équilibré entre deux pôles d’une même amplitude, l’ultime Sonate de Beethoven et son échappée cosmique, le propre arrangement par l’artiste du moins idéalement pianistique des poèmes de Richard Strauss, Tod und Verklärung.

Pour le second pari gagné, l’élévation spirituelle encore un peu lisztienne du premier thème, le grand macabre de l’agonie où le pianiste fait entrer tout l’orchestre dans son piano, sont, sous son œil, saisissants. Pour l’Opus 111, dès le Maestoso, le ton prophétique, puis l’éther de l’Arietta proclament qu’il est peut-être temps pour lui, qui est si peu l’homme des intégrales, d’embrasser tous ces mondes que Beethoven a réuni dans un univers.

Mais le piano ! Ce Bechstein à l’aigu à la fois criard et palot qui dépare les dernières mesures de Vers la flamme, il ne le transcendera vraiment que dans les proclamations et les anges rugissants du Regard de l’Eglise d’amour ou dans son improvisation méphistophélique qui semble répondre à Messiaen. Parfois trop d’idées nuisent à la musique.

LE DISQUE DU JOUR

Vers la flamme

Alexandre Scriabine
(1872-1915)
Vers la flamme, Op. 72
Richard Strauss (1864-1949)
Tod un Verklärung,
Op. 24, TrV 158 (arr. pour piano seul : Eckardstein)

Olivier Messiaen (1908-1992)
Regard de l’Eglise d’amour
Severin von Eckardstein (né en 1978)
Improvisation
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonate pour piano No. 32 en ut mineur, Op. 111
Andante favori, WoO 57

Severin von Eckardstein, piano

Un album du label CAvi-Music 8553531
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Photo à la une : le pianiste Severin von Eckardstein – Photo : © Irène Zandel