La retrouvée

Eugen Engel n’eut que le temps d’emporter son unique opéra dans sa fuite. Réfugié à Amsterdam, il le confia à sa fille qui s’embarquait pour New York. L’opéra fut sauvé, mais pas son compositeur. Les Nazis l’arrêtèrent, il mourra en déportation, assassiné dans le camp d’extermination de Sodibor le 26 mars 1943.

L’argument de Grete Minde fait un écho éloquent aux troubles du temps : une jeune femme spoliée de son héritage et persécutée par les villageois de Tangermüde qui la traitent en étrangère décide de se venger en incendiant le bourg, quitte à mourir dans les flammes dévorant le clocher.

Engel acheva la mise au net du livret d’après la nouvelle de Théodore Fontane en 1914, il terminera son opéra vingt ans plus tard, le soumettant au regard critique de Bruno Walter qui souligna les qualités factuelles de l’œuvre tout en pointant un manque de personnalité.

Jugement sévère mais en partie juste. Eugen Engel effectue une synthèse où passent les influences du Tiefland de D’Albert, des opéras de Korngold, de Max von Schillings, de Franz Schreker, comme les leurs son orchestre est fabuleux de couleurs, d’espressivo, d’une complexité foisonnante, mais bien plus consonnant sans pour autant copier Richard Strauss.

Comment nier à cet opéra tout juste créée par le théâtre de Magdebourg – la partition fut retrouvée par les héritiers américains du compositeur après la mort de sa fille Eva en 2006 – une puissance dramatique certaine, avivée par l’engagement d’une troupe admirable, avec en tête Raffaela Lintl qui incarne crânement le rôle périlleux de l’héroïne et le Valtin de Zoltán Nyári, le tout mené avec intensité par Anna Skryleva ?

Et si Grete Mind se révélait un ajout majeur au répertoire lyrique germanique des années trente ? L’avenir le dira, mais qui enregistrera les Quatuors et les Lieder retrouvés dans la même malle ?

LE DISQUE DU JOUR

Eugen Engel (1875-1943)
Grete Minde

Marko Pantelić, baryton (Gerdt Minde)
Kristi Anna Isene, soprano (Trud Minde)
Jan Arik Redmer (Petit Gerdt)
Raffaela Lintl, soprano (Grete Minde)
Jadwiga Postrożna, mezzo-soprano (Emrentz Zernitz)
Zoltán Nyári, ténor (Valtin)
Paul Sketris, basse (Gigas)
Johannes Stermann, basse (Peter Guntz)
Johannes Wollrab, baryton (Le marionnettiste)
Benjamin Lee, ténor (Le bouffon)
Na’ama Shulman, soprano (Zenobia)
Karina Repova, mezzo-soprano (La mère supérieure)
Frank Heinrich, basse (Un propriétaire)

Opernchor des Theaters Magdeburg
Magdeburgische Philharmonie
Anna Skryleva, direction

Un album du label Orfeo C260352
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Photo à la une : © DR