Le violon du prophète

Qui aurait pu prévoir que les Sonates d’Ysaÿe seraient au XXIe siècle le nouveau Graal des violonistes, mieux, qu’elles auraient permis la découverte de cette terra incognita formée par un catalogue dont le violon fut certes l’alpha mais pas l’oméga ?

S’emparant du cahier, Hilary Hahn l’empoigne d’un archet éloquent, d’une implacable présence physique dès le Grave de la Première Sonate, mais le tremblé qui suit, l’archet qui feule à la limite du silence, puis le fugato amer, voilà autant de propositions saisissantes qui rendent justice à cet empyrée du violon moderne.

Hilary Hahn sait qu’au-delà de la virtuosité cruelle, Ysaÿe a fait ici œuvre de visionnaire, ce sont des sonates littéraires qui synthétisent Bach, Beethoven, Paganini, les pliant au génie expressionniste d’un compositeur qui a voulu enfermer tout un orchestre dans son violon.

L’archet ira jusqu’au bout du souffle, le corps du violon exsudera des passions troubles et des images dantesques, la violoniste dominant d’une tête froide les passions et les abimes qu’elle déchaîne au long de ce disque fabuleux au premier sens du terme : ces Sonates ne sont plus des sonates, mais des poèmes, des songes, des visions.

LE DISQUE DU JOUR

Eugène Ysaÿe (1858-1931)
Les 6 Sonates pour violon seul, Op. 27
No. 1 en sol mineur
No. 2 en la mineur
No. 3 en ré mineur, “Ballade”
No. 4 en mi mineur
No. 5 en sol majeur
No. 6 en mi majeur

Hilary Hahn, violon

Un album du label Deutsche Grammophon 4864176
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Photo à la une : la violoniste Hilary Hahn – Photo : © Chris Lee