Pour le disque

Les Takács désiraient enregistrer le Quatuor de Ravel en le mettant en regard avec Ainsi la nuit d’Henri Dutilleux, d’un chef-d’œuvre l’autre en quelque sorte, mais il restait de la place pour une troisième œuvre. Stephen Hough qui se voue depuis toujours à la composition accepterait-il de composer un quatuor ?

Le voici, sous-titré « Six rencontres » pour le Groupe des Six, illustré par six endroits qu’on suppose de Paris, manière de n’être ni dans la filiation de Ravel, et pas davantage en écho aux abstractions lyriques de Dutilleux. L’écriture est habile, un peu citronnée de dissonances civilisées dans les mouvements vifs façon Milhaud ou Tailleferre, plus pur charme avec un petit côté Poulenc pour les sections lento ou andante ; c’est brillamment fait, s’écoute avec plaisir au risque de s’oublier illico.

Le contraste voulu avec les épures sombres d’Ainsi la nuit interroge, d’autant que les Takács y mettent d’une manière trop constante leur pure splendeur sonore, rendant les mystères trop sensuels.

Je ne me plaindrai pas qu’ils soient aussi opulents et chantants dans l’opus de Ravel, joué à pleins archets, faisant transparaître dans la plénitude du son l’écho de celui de Debussy, un Ravel très jeune homme qui reprend la tradition du quatuor français et commence à la pimenter de ses espaces oniriques, de ses pizzicatos de guitare.

Faire sentir cet entre-deux-mondes est tout un art que certains trouveront trop solliciteur, mais la sensualité de cette lecture si physique interroge décidément autant l’œuvre que l’auditeur.

LE DISQUE DU JOUR

Stephen Hough (né en 1961)
Quatuor à cordes No. 1,
« Les six rencontres »

Henri Dutilleux (1916-2013)
Ainsi la nuit
Maurice Ravel (1875-1937)
Quatuor à cordes en fa majeur, M. 35

Takács Quartet

Un album du label Hypérion CDA68400
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Photo à la une : les membres du Quatuor Takács –
Photo : © Amanda Tipton