Théâtre d’église

Impossible de démêler, dans la Venise de Vivaldi, le sacré du profane. Dominateur commun : la passion et les affects qui vont fusionner dans la peinture maniériste. Vivaldi anticiperait-il cette floraison sensuelle, quasi érotique ?

Tim Mead répond oui, faisant son Nisi Dominus sensuel, dans l’imprécation du Surgite comme dans l’exultation du Sicut erat in principio, Arcangelo dansant, l’entraînant dans la vocalise de l’Amen. L’affliction furieuse qui arde son beau timbre de contre-ténor dans la spectaculaire Cessate, omai cessate n’est pas moins saisissante, magnifique l’élan mesuré d’Ah ch’infelice sempre sur le roulement des pizzicatos !

Les mêmes contrastes éloquents se retrouvent du Salve Regina à Amor, hai vinto, le même élan, la même puissance expressive de la voix toujours accordés à cet orchestre opulent aux textures si pleines qui prouvent que l’on est bien, dans l’esprit des interprètes, au théâtre plutôt qu’à l’église.

Un second volume, autour du Stabat Mater, serait tout aussi révélateur, demain peut-être…

LE DISQUE DU JOUR

Sacroprofano

Antonio Vivaldi (1678-1741)
Nisi Dominus, RV 608
Concerto pour cordes en ré mineur, RV 128
Cessate, omai cessate, RV 684
Salve regina, RV 618
Sinfonia (pour cordes) en si mineur, RV 169 « Al Santo Sepolcro »
Amor hai vinto, RV 683

Tim Mead, contre-ténor
Arcangelo
Jonathan Cohen, direction

Un album du label Alpha Classics 914
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Photo à la une : le contre-ténor Tim Mead – Photo : © Andrew Staples