Perfection de la jeunesse

Une carte de visite ? Plutôt un aveu. Can Çakmur doit son premier disque à sa victoire dans le très relevé Concours Hamamatsu 2018 mais dès la magique paraphrase sur l’Adelaïde de Beethoven caressée par Liszt, le jeune homme montre derrière la technique parfaite un poète, et un poète ardent dont le jeu concentré et pourtant effusif me fait penser à celui de Terence Judd : même clavier lumineux mais plein, mêmes élans, même sens des gradations dynamiques, avec quelque chose d’infiniment vocal.

Car vraiment ce piano chante dans une diversité de couleurs et de nuances sans la moindre affectation : écoutez seulement comme il saisit les demi-caractères de la Sonate en mi bémol majeur de Schubert que Kempff aimait tant, œuvre ambigüe, hésitant entre le divertissement et la ballade, le salon et la forêt : le caractère en fut rarement aussi bien saisi.

Sommet du disque, à côté d’un En plein air naturaliste, fabuleusement croqué, l’Andante et Variations de Haydn, devenu depuis un certain 78 tours Polydor la propriété privée de Clara Haskil. Trilles bucoliques, contre-chants déjà schubertiens, ce voyage dans l’intime d’une partition mystérieuse est ici un petit miracle. J’attends déjà son prochain disque avec impatience.

LE DISQUE DU JOUR


Franz Liszt (1811-1886)
Adélaide, S. 466
(d’après Beethoven)

Franz Schubert (1797-1828)
Sonate pour piano No. 7 en mi bémol majeur, D. 568
Joseph Haydn (1732-1809)
Variations en fa mineur, Hob. XVII:6 “Un piccolo divertimento”
Fazil Say (né en 1970)
Black Earth (Kara Toprak), Op. 8
Béla Bartók (1881-1945)
En plein air, Sz. 81, BB 89
Fuyuhiko Sasaki (1732-1809)
Sacrifice

Can Çakmur, piano

Un album du label BIS Records 2430
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Photo à la une : le pianiste Can Çakmur – Photo : © DR