Pastorale des tranchées

Comme il faut peu de choses pour changer le sentiment d’une œuvre. À la soprano notée par Vaughan Williams pour vocaliser aux deux extrêmes du dernier mouvement de la 3è Symphonie, Andrew Manze substitue un ténor, le parfait Andrew Staples, dont le timbre est bien plus proche de celui de la clarinette qui avait précédé dans l’écriture de la partition sa substitution par la soprano.

Et soudain, ce timbre mâle nous replonge dans la Grande Guerre qui est le sujet de cette partition, pastorale des champs de bataille de la Somme où sonne un clairon blafard que Rhys Owen joue tel un fantôme. Plus sinistre serait impossible, d’autant qu’Andrew Manze règle les alliages funèbres de son orchestre avec une précision fanatique, avare en vibrato pour le quatuor, assourdissant ses bois, créant partout un univers spectral.

Surprenant jusque dans la terreur tranquille du Lento moderato le plus singulier que j’ai jamais entendu ! Mais le tempo est tout aussi sinistre pour le Moderato vraiment trop pesante. Pourtant, Manze offre une vraie alternative aux gestes plus exposés de Barbirolli, Handley ou Thomson, champions de cette symphonie.

Pour la 4e, l’inextinguible de Vaughan Williams, tout orage et canon, il lui manque la poigne de Boult, l’acier trempé de Berglund (un de ses plus grands disques !), la fièvre de Bernstein, de Mitropoulos ou de Stokowski, mais son orchestre si précis fait entendre des détails qui sont trop souvent emportés par le maelström.

Second volume d’une intégrale à suivre, inégale mais toujours pertinente.

LE DISQUE DU JOUR

Ralph Vaughan Williams (1872-1958)
Symphonie No. 3, “Pastoral Symphony”
Symphonie No. 4 en fa mineur

Andrew Staples, ténor
Royal Liverpool
Philharmonic Orchestra

Andrew Manze, direction

Un album du label Onyx Classics 4161
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Photo à la une : © DR