Tag Archives: Patrice Chéreau

Le pardon du père

Le spectacle ne serait-il qu’un décor ? Je le crains en voyant ce manoir edwardien ruiné, qu’une guerre apocalyptique semble avoir dévasté, mais dès les premiers mots de Siegmund, Keith Warner impose sa direction d’acteur subtile, qui appuie ses sentiments sur les mots de Wagner autant que sur sa musique Continue reading Le pardon du père

Théâtre des émotions

Lulu descend le grand escalier de Peduzzi, bras tendus, mains serrées sur le petit revolver avec lequel elle va abattre Schön, Patrice Chéreau la fait trembler imperceptiblement et pourtant où qu’on fut placer dans Garnier, on pouvait percevoir ce tremblement, puis l’œil fixe qui vise et le visage passant en un instant de la fureur à l’angoisse à la tristesse, faire voir les émotions que la musique suggère, produit, tout le secret d’un art qui n’appartenait qu’à l’auteur de Ceux qui m’aiment prendront le train, car il savait mettre toute la force du théâtre dans l’opéra.

Lulu a été filmé, les Contes de Garnier aussi, on les aura bien un jour en DVD (le Japon les a édités voici bien vingt ans déjà) , mais Cosi fan tutte, Tristan, De la maison des morts, Elektra captés par l’œil même de Chéreau documentent avec une précision absolue la grammaire si particulière qui est l’un des thèmes de l’exposition que lui consacre aujourd’hui le Palais Garnier et la Bibliothèque Nationale de France.

L’occasion de la publication chez Actes Sud d’un ouvrage d’art où les regards d’amis, de collègues, se croisent en une série d’articles où toutes les facettes de cet homme complexe – et pourtant d’un abord si simple, on avait toujours le sentiment que Patrice Chéreau vous écoutait, cela me frappait lors des rencontres informelles après les représentations aux Amandiers – mais qui cherchent aussi les origines de l’esthétique si prégnantes dont il revêtait ses spectacles. Les sources iconographiques de cette inspiration visuelle, Goya et Pieter Brueghel en tête, montrent un théâtre en constant mouvement, signe de cette « intranquilité » qui animait jusqu’au malaise ses gestes scéniques : même son immobilité était fiévreuse.

Parmi l’ensemble des témoignages de remémoration qu’égrène l’ouvrage, celui de Stéphane Lissner, qui aura accompagné le travail commun de Chéreau et de Boulez notamment sur Wozzeck, est particulièrement pertinent, qui souligne à quel point l’âme du théâtre fut infusée dans l’opéra avec une intensité et une justesse qui n’ont rien à voir avec les sempiternelles déclarations d’intention du Regietheater. Mais c’est certainement le texte de Clément Hervieu-Léger qui va droit au cœur de cet art rappelant à quel point Chéreau tissait toujours un (des) récit(s) pour capturer le spectateur dans une toile de sentiments et d’émotions l’incluant pour ainsi dire dans l’œuvre.

Livre aussi éclairant que somptueux, magnifié par une iconographie pertinente, qui nous remémore les années fabuleuses où Patrice Chéreau fut avec nous, fraternel, attentif, dans chaque spectacle nous tendant le miroir de nos émotions et nous forçant à les regarder sans ciller.

LE LIVRE DU JOUR

Patrice Chéreau, mettre en scène l’opéra

Sous la direction de Sarah Barbedette et Pénélope Driant
192 pages

Un ouvrage de la maison Actes Sud
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Une exposition sur la carrière et l’œuvre de Patrice Chéreau se déroule au Palais Garnier du 18 novembre 2017 au 3 mars 2018.

Photo à la une : © DR

Dostoïevski-Janáček par Boulez-Chéreau

Voilà une œuvre peu connue, et souvent jugée difficile d’accès. Mais cet opéra de Janáček mériterait d’être bien plus connue et sa relative difficulté d’accès est largement estompée lorsqu’on le donne avec une telle réussite. Ce dernier opéra de Janáček (1930) est inspiré de l’œuvre de Dostoïevski Souvenirs de la maison de morts. Patrice Chéreau explique d’ailleurs que tout le texte est tiré mot pour mot de Dostoïevski, à quelques transitions près ajoutées par Janáček lui-même. Cela en fait, avec l’Elektra de Richard Strauss, l’une des adaptations à l’opéra les plus fidèles à leurs sources littéraires. Comme dans le Billy Budd de Britten, tous les personnages sont des hommes. Et comme Billy Budd, De la maison des morts montre cruauté et détresse dans un univers clos et confiné. Continue reading Dostoïevski-Janáček par Boulez-Chéreau

Discolivre I : Les années Boulez

Voici bien une année que le coffret Pierre Boulez publié à l’automne dernier par Sony me nargue dans sa cellophane. L’ouvrir, c’est comme opérer une translation un rien dangereuse vers ma jeunesse, serais-je déçu ? Finalement, voici trois semaines, j’ai sauté le pas. Et mis dans la platine La Mer avec Continue reading Discolivre I : Les années Boulez