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Persévérance

Un premier album Beethoven, sur un très beau Clarke d’après Fritz, essentiellement de variations – avec pour objet central une lecture épique des Eroica – avait suffi pour comprendre que Beethoven serait le compositeur d’élection d’Olga Pashchenko. Un second disque avec trois grandes sonates le confirme.

Photo : © Yat Ho Tsang

Comme dans le premier volume, l’instrument dicte sa loi, et d’abord les tempos, prestes, rageurs d’articulations, d’accents, qui exaltent la veine improvisatrice de tout ce que Beethoven aura écrit pour le clavier, et produisant parfois des effets saisissants comme ces glissandos à la coda de la Waldstein. Olga Pashchenko est de bout en bout magnifique, ardente elle se brûle aux textes comme à l’instrument qui lui offre non seulement des couleurs insensées, mais aussi tout un vocabulaire expressif qu’elle emploie à plein dans une Appassionata ombreuse, puissante et pourtant suggestive, le clou de son disque car elle en respecte le caractère narratif, les apartés théâtrales, le discours complexe.

Sa Waldstein emportée, brillante, cravachée, se distingue d’abord par ce que l’instrument peut lui offrir, alors qu’elle doit chercher au plus profond d’elle-même les émotions qu’elle parvient à tirer de ce clavier parfois rétif pour les tableaux narratifs des Adieux, qu’elle joue avec une tension qui m’a rappelé le discours brisé, plein d’interrogations qu’y mettait Rudolf Serkin, du moins dans “Les Adieux” et “L’Absence”, car pour “Le Retour”, ce piano qui piaffe est d’une insolence, d’une vigueur que le Graf peine parfois à rendre, un rien étouffé par la poigne de cette main qui pourtant tente de s’alléger.

Second volume d’une série passionnante, amenée à se prolonger sur d’autres instruments je l’espère.

LE DISQUE DU JOUR

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonate pour piano No. 21 en ut majeur, Op. 53
« Waldstein »

Sonate pour piano No. 23 en fa mineur, Op. 57
« Appassionata »

Sonate pour piano No. 26 en mi bémol majeur, Op. 81a
« Les Adieux »

Olga Pashchenko, pianoforte (Conrad Graf, Vienne, 1824)

Un album du label Alpha Classics 365
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Photo à la une : © DR

La courtisane amoureuse

La veine légère – même faussement légère comme ici – chez Saint-Saëns est toujours délicieuse, et cette Proserpine sur le seul papier à musique me charmait déjà. La jolie comédie italienne avec fin tragique que Saint-Saëns brossa sur la tragédie romanesque d’Auguste Vacquerie partit littéralement en fumée ; décor, costume, matériel de musique flambèrent dans l’incendie de l’Opéra-Comique. Continue reading La courtisane amoureuse

Ode funèbre

On se croirait dans L’Orfeo de Monteverdi. Une assemblée de bergers s’ébat dans une bucolique lorsqu’un messager survient, annonçant la mort de Stréphon ? De qui ? D’Henry Purcell en fait, que l’auteur de cette ode inventive va pouvoir pleurer, passant de la pastorale à la pompe funèbre Continue reading Ode funèbre