Rêve de France

1694, Philipp Heinrich Erlebach publie un recueil de six Sonates mariant le violon italien et la viole française. Les goûts réunis ?

L’Allemand penche entièrement du côté de la France, même si le vocabulaire réemploie certains traits importés de l’autre côté des Alpes par Carlo Farina et Biagio Marini : mais la noblesse des sujets, la passion de la danse qui transforment ces Sonates en de vraies Suites avec Courante, Sarabande, Gigue, l’invention impertinente de l’harmonie, la vivacité des rythmes sont entièrement français, de cœur, d’esprit, de notes.

Quelle belle découverte que ce trésor oublié de la musique instrumentale de la fin du XVIIe siècle que sont allés dénicher François Joubert-Caillet et ses amis de L’Achéron. En marge de leur périple chez Marin Marais, l’allégresse française de ces musiques, la délicate nostalgie dont elles s’ombrent ne pouvait que s’incarner dans la profusion de leur harmonie, la variété de leurs couleurs pleines, l’élégance piquante des ritournelles, au point que j’écoute ce disque en boucle depuis deux semaines, musique pour m’accompagner dans la fin du jour.

Alors il faut continuer, d’abord en gravant les douze Sonates de Johann Philipp Krieger, mêlant aussi le violon et la viole, réponse d’amitiés adressée à Erlebach sur laquelle Jérôme Lejeune attire notre attention dans son excellente notice, mais aussi en nous offrant enfin une version parfaite du génial Hortus Musicus de Johann Adam Reincken.

LE DISQUE DU JOUR

Philipp Heinrich Erlebach (1657-1714)
Les Sonates en trio (Intégrale)

L’Achéron
François Joubert-Caillet, viole et direction

Un album du label Ricercar RIC393
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Photo à la une : © Ricercar

Miroirs

La belle idée : mettre en regard deux compositeurs du passé avec deux maîtres du XXe siècle qui auront reconnu leurs œuvres dans les leurs.

Les deux confrontations sont également fascinantes : les brèves fantaisies solaires de Scarlatti s’atomisent dans les diffractions lumineuses des Encores de Berio, les unes comme les autres faisant assaut de poésie avec une touche d’étrangeté qu’Andrea Lucchesini dose en magicien. Quel pianiste !, qui aura trop longtemps été absent au disque, et est resté fidèle à ses exigences intellectuelles.

Aussi réussi que soit le doublé Scarlatti/Berio, il n’est au fond qu’un divertissement, alors que la confrontation entre les Moments musicaux de Schubert et Idyll and Abyss de Jörg Widmann se nourrit à deux cahiers essentiels de la littérature pianistique, deux cycles que tout rapproche.

Impossible de ne pas céder devant cette correspondance qui célèbre de flagrantes affinités électives, impossible surtout de ne pas s’apercevoir qu’on tient là une des plus belles versions des Moments musicaux. Qui les faisait si lyriques, si intenses ? Vladimir Sofronitzky

LE DISQUE DU JOUR

Domenico Scarlatti
(1685-1757)
Sonate en fa majeur, K. 491
Sonate en sol majeur, K. 454
Sonate en fa mineur, K. 239
Sonate en fa mineur, K. 466
Sonate en la majeur, K. 342
Sonate en sol majeur, K. 146
Luciano Berio (1925-2003)
6 Encores pour piano
Franz Schubert (1797-1828)
6 Moments musicaux, Op. 94, D. 780
Jörg Widmann (né en 1973)
Idyll and Abyss – 6 Réminiscences de Schubert

Andrea Lucchesini, piano

Un album du label Audite 97704
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