Le Vaisseau béni

1967, Klemperer revient à Bayreuth où il n’avait plus paru depuis quarante ans, mais pas dans la fosse, dans la salle, spectateur d’honneur qui admire inconditionnellement le jeune Pierre Boulez dirigeant Parsifal. Il assistera également à Lohengrin et TannhäuserAnja Silja, rayonnante Elisabeth Continue reading Le Vaisseau béni

Le jeune faune

Centenaire oblige, quelques tonnes Debussy tomberont bien cette année sur les discothèques, et fatalement beaucoup d’albums de piano. Celui de Matteo Fossi, jeune pianiste italien grandi par les conseils de Maria Tipo et anobli par l’œil attentif de Maurizio Pollini ne doit pas passer inaperçu. Continue reading Le jeune faune

Sa Patrie

L’écrire est terrible, mais condamné par son cancer, Jiří Bělohlávek aura transcendé son art : ses récents Dvořák, Symphonies, Concertos, Danses slaves (parmi les plus belles depuis Kubelík), Stabat Mater le disaient assez : revenu chez lui à Prague, enfin choisi en 2012 par les musiciens de la Philharmonie tchèque, il atteignait au but de sa vie : inscrire son art dans la filiation de ceux de Václav Talich et de Karel Ančerl, rien moins. On ne pouvait le lui contester depuis dix ans, et ce n’est pas un hasard si, au terme, paraît cette version granitique de Má Vlast patiemment enregistrée Salle Smetana du 12 au 14 mai 2014.

Granitique et narrative, un conte sombre dont les épisodes épiques se rassérènent dans des paysages aux détails ouvragés dès la harpe d’aède qui ouvre Vysehrad, où des personnages paraissent saisis dans toute la violence de leur mouvement – Sarka ! –, tout un théâtre d’images où paraît le récit national.

Mais derrière ces contes formidables emplis de bruits et de fureur, une amertume glaciale s’incarne dans l’identité sonore même de la Philharmonie Tchèque, quelque chose d’irrémédiable, de funèbre qui pleure éperdument dans la clarinette de Sarka. Magnifique désespoir d’un lyrisme terrible, tenu de si près par Jiří Bělohlávek, si surveillé, si intensément sculpté qu’en refermant l’album un souvenir me saisit : cette tension, ce geste épique, ces sonorités quasi mahlériennes, où les avais-je déjà entendues incarnées ainsi dans le chef-d’œuvre de Smetana ?

Chez Václav Smetáček, qui fut toujours l’auteur de ma version favorite. Bělohlávek le rejoint, autre héros de ce panthéon.

LE DISQUE DU JOUR

Bedřich Smetana (1824-1884)
Má Vlast (Ma patrie)

Orchestre Philharmonique Tchèque
Jiří Bělohlávek, direction

Un album du label Decca 4833187
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Photo à la une : © DR

La grâce

Quatre opus, quatre compositeurs, quatre chefs-d’œuvre oui, et si distants, si différents que l’interprète n’aurait d’autre solution que de s’y faire entendre d’abord. Mais non, Ludmila Berlinskaya choisit selon son cœur, ses doigts se fondent dans les discours si singuliers de Beethoven, de Schumann, de Ravel, de Medtner, trouvant pourtant à chaque fois de quoi rendre si émouvant son art subtil et élégant.

Dans l’Opus 109, la confidence prime, en doigts allusifs qui au cantabile feront des trilles de papillon après avoir chanté du Bach dans le Gesangvoll, merveille qui semble venue d’un autre temps pianistique, et qui envole littéralement le prestissimo comme le faisait jadis Schnabel. Si cela n’est pas le portique d’un disque majeur !

Les Kreisleriana, suggestives, alertes, sans grandiloquence, vont au cœur de Schumann, avec cette folie qui n’est jamais hystérique, mais soudain crée comme une angoisse. Noir sans le noir, encore un autre tour de magie qui se retrouve assez exactement dans des Valses nobles et sentimentales jamais brillantes, toujours profondes, véritable danse au bord du volcan dont l’étrange tourbillon alenti rappelle le Ravel des Miroirs, puisse-t-elle les enregistrer un jour car son toucher où les notes se jouent comme des lumières est idéalement ravélien.

Après la Sonate de Beethoven, Ludmila Berlinskaya effeuille la nostalgie de la Sonata Reminiscenza de Medtner, songeuse, comme prise dans la magie d’un conte, et c’est Medtner encore qui ouvre le concert qu’elle donne à la petite salle du Conservatoire de Moscou avec ses amis du New Russian Quartett : le Quintette en ut, qui occupa Medtner au long cours de 1904 à 1948, où il tutoie Brahms avec une pointe de génie n’aura jamais trouvé lecture plus émouvante. C’est le clou de cet autre album avec l’Ouverture sur des thèmes juifs de Prokofiev où la clarinette d’Igor Fedotov met son incroyable sonorité Klezmer. Chostakovitch eût goûté le rapprochement avec son âpre Quinette que tous emmènent dans une seule grande ligne, unifiant les cinq mouvements de cette œuvre terrible. Mais commencez d’abord par l’album solo.

LE DISQUE DU JOUR

Reminiscenza
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonate pour piano No. 30 en mi majeur, Op. 109
Nikolaï Medtner (1880-1951)
Sonate en la mineur, « Reminiscenza » (extrait des « Mélodies oubliées, Op. 38 »)
Robert Schumann (1810-1856)
Kreisleriana, Op. 16
Maurice Ravel (1875-1937)
Valses nobles et sentimentales, M. 61

Ludmila Berlinskaya, piano
Un album du label Melodiya MELCD1002526
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Quintet + Live
Nikolaï Medtner (1880-1951)
Quintette pour piano et cordes en ut majeur, Op. posth.
Sergei Prokofiev (1891-1953)
Ouverture sur des thèmes juifs, Op. 34
Alexey Kurbatov
Sextuor
Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Quintette pour piano et cordes en sol mineur, Op. 57

Ludmila Berlinskaya, piano
Igor Fedotov, clarinette ( Prokofiev, Kurbatov)
New Russian Quartet
Un album du label Melodiya MELCD1002486
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Photo à la une : © DR

Jeune Pologne

Le couplage est inédit, mais d’une logique imparable, et évident musicalement : le grand Concerto pour violon que Mieczysław Karłowicz écrivit en 1902, et par lequel il sacrait dans un opus flamboyant la tradition romantique, permit à Szymanowski de rompre les amarres Continue reading Jeune Pologne

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