Langsam

Lentement, le hautboïste sinue la plainte qui ouvre Nun will die Sonn’ so hell aufgehn, Brigitte Fassbaender entre dans ce tempo de sépulcre, puis à un moment reprend la main, forçant l’orchestre à se remettre dans son chant, dans l’allant du texte. On ne la lui fait pas, c’est elle qui chante, c’est elle qui est maître du temps.

Remis dans la vérité de la musique de Mahler, les musiciens la suivent, composent malgré tout avec leur chef qui savoure ce qu’il leur laisse encore d’étirements lorsque la mezzo-soprano n’a pas à chanter. Fascinant Kindertotenlieder, seules notes de Mahler que Celibidache à ma connaissance n’eut jamais dirigées, Mahler sur lequel il disait des horreurs, dépréciant sa musique, il en savait quelque chose, lui-même compositeur, du moins le croyait-il.

L’archive était restée inédite, mais sa radiodiffusion était fameuse, l’entendre enfin dans toute la profonde beauté de sa prise de son qui capture l’acoustique parfaite de la Herkulessaal, une révélation : malgré les dissensions, il s’est vraiment passé quelque chose ce 30 juin 1983. Tod und Verklärung est le second volet de ce premier volume Celibidache, vaste introspection où le son se creuse, où les munichois se laissent entraîner dans une méditation quasiment philosophique que vient briser une agonie effrayante : construire un crescendo comme celui-ci rappelle à quel point l’art de Celibidache put être proche de celui de Furtwängler.

Idem dans une Inachevée hors du temps, suite de paysages fabuleux modelés avec une douceur irréelle, mais tout s’effondre dans la Nouveau Monde, gris trottoir, étouffée de lenteur, pesante et pourtant vide : les limites de cet art devenu soudain système apparaissent ici, flagrantes. Il faudra mieux choisir si cette nouvelle série d’archives doit se perpétuer.

LE DISQUE DU JOUR

Gustav Mahler (1860-1911)
Kindertotenlieder
Richard Strauss (1864-1949)
Tod und Verklärung, Op. 24, TrV 158

Brigitte Fassbaender, mezzo-soprano
Münchner Philharmoniker
Sergiu Celibidache, direction
Un album du label Münchner Philharmoniker MPHL0006
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Franz Schubert (1797-1827)
Symphonie No. 8 en si mineur, D. 759 « Inachevée »
Antonín Dvořák (1841-1904)
Symphonie No. 9 en mi mineur, Op. 95, B. 178, “Du Nouveau monde”

Münchner Philharmoniker
Sergiu Celibidache, direction
Un album du label Münchner Philharmoniker MPHL0004
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Photo à la une : © Klaus Rudolph