Regard en arrière

75 ans, c’est jeune pour un orchestre si l’on songe à la Staatskapelle de Dresde. Mais créé et surtout animé dès ses premières saisons par le vrai génie que fut Victor Desarzens, la formation lausannoise, orchestre Mozart extensible avec les forces proches de Genève, avait toutes les chances de son côté.

C’est avec Desarzens justement que commence le voyage, ses Mozart impeccables où règne une grâce absolue qui pousse Samson François à clarifier sa palette, à épurer son jeu pour un émouvant 23e Concerto, ajout majeur à la discographie du pianiste français que le chef romand lui dirige précis et leste comme il l’aurait dirigé à Lili Kraus, merveille ! Mais Aurèle Nicolet, pour le Concerto K. 313, et sa flûte d’argent, sont tout autant au diapason de Desarzens, dont l’art si noble brille plus encore pour une 54e de Haydn mémorable. S’y ajoute un disque XXe siècle passionnant où tout sonne comme si l’encre venait juste de sécher : sommet, la Kammermusik No. 4 d’Hindemith où le violon de Stéphane Romascano persiffle. Comme l’on aimerait retrouver les albums consacrés à la Seconde Ecole de Vienne gravés pour Amadeo (la Verklärte Nacht !) – demain peut-être ?

Avec Armin Jordan, l’orchestre, renouvelé, remodelé, quitte les temps historiques : magnifique 32e de Haydn, sur les pointes, mais surtout sublimes Illuminations de BrittenFelicity Lott dit son Rimbaud comme en ivresse, magique, irrésistible. Le magister de Foster est illustré par l’album Enesco enregistré pour Claves, disque immaculé et en quelque sorte historique, couplant Dixtuor et Symphonie de chambre, alors que les années Jesús López Cobos illustrent son style si clair, sa palette lumineuse, dans d’irrésistibles Suites pour petit orchestre de Stravinski comme musardées, une Ma mère l’Oye tendrissime ou dans les 7 Chansons populaires, espagnoles de Falla avec une Teresa Berganza un peu à la trame de sa voix : elle enregistrait alors pour Claves les ultimes disques de sa carrière.

De Christian Zacharias, on eut aimé retrouver la somptueuse Clemenza di Tito qui révélait dans la Salle des forces motrices le Sesto de la jeune Joyce DiDonato, mais non, Haydn, Schubert (une Inachevée pleine de surprises) et un très classique, très tenu Second Concerto de Chopin dirigé du piano comme le faisait aussi alors Krystian Zimerman.

Et le directeur musical actuel ? Une 4e Symphonie de Beethoven très lestement emmenée montre que Joshua Weilerstein s’est fondu dans la lumineuse tradition romande.

LE DISQUE DU JOUR

Orchestre de chambre
de Lausanne
75 ans

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Oratorio de Pâques, BWV 249 (extrait : Sinfonia)
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Concerto pour piano et orchestre No. 23 en la majeur, K. 488
Concerto pour flûte et orchestre No. 1 en sol majeur, K. 313
Joseph Haydn (1732-1809)
Symphonie No. 22 en mi bémol majeur, Hob. I:22 “Le Philosophe”
Symphonie No. 54 en sol majeur, Hob. I:54
Symphonie No. 60 en ut majeur, Hob. I:60 “Le distrait”
Symphonie No. 80 en ré mineur, Hob. I:80
Gian Francesco Malipiero (1882-1973)
Hommage à l’OCL
Frank Martin (1890-1974)
Ballade pour flûte et orchestre
Julien-François Zbinden (né en 1917)
Concerto da camera pour piano et orchestre, Op. 16
Hans Werner Henze (1926-2012)
Cinq mélodies napolitaines pour ténor et orchestre
Paul Hindemith (1895-1963)
Symphonie de chambre No. 4 pour violon et orchestre, Op. 36 No. 3
Benjamin Britten (1913-1976)
Les Illuminations, Op. 18
Johannes Brahms (1833-1897)
Neue Liebeslieder-Walzer, Op. 52
Nagen am Herzen fühl ich, Op. 65
Georges Enescu (1881-1955)
Symphonie de chambre, Op. 33
Deux Intermèdes pour cordes, Op. 12
Dixtuor pour instruments à vent, op. 14
Juan Antonio de Arriaga (1806-1826)
Los esclavos felices (extrait : Ouverture)
Franz Schubert (1797-1828)
Polonaise pour violon et orchestre en si bémol majeur, D. 580
Rondo pour violon et orchestre en la majeur, D. 438
Symphonie No. 7 en si mineur, D. 759 “Inachevée”
Manuel de Falla (1876-1946)
Sept chansons populaires espagnoles
Igor Stravinski (1882-1971)
Suite No. 1 pour petit orchestre
Suite No. 2 pour petit orchestre
Maurice Ravel (1875-1937)
Ma mère l’Oye, M. 60 (Suite)
Frédéric Chopin (1810-1849)
Concerto pour piano No. 2 en fa mineur, Op. 21
Osvaldo Golijov (1960-)
Night of the flying horses
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphonie No. 4 en si bémol majeur, Op. 60

Dame Felicity Lott, soprano
Teresa Berganza, mezzo-soprano
Nasco Petroff, ténor

Bernard Schenkel, hautbois
Samson François, piano
Karl Engel, piano
Aurèle Nicolet, flûte
Edmond Defrancesco, flûte
Stéphane Romascano, violon
Gidon Kremer, violon

Chœur de la Radio Suisse Romande
Orchestre de Chambre de Lausanne
Victor Desarzens, direction
Armin Jordan, direction
Lawrence Foster, direction
Jesús López Cobos, direction
Christian Zacharias, piano, direction
Joshua Weilerstein, direction

Un coffret de 7 CD du label Claves 50171117
Acheter l’album sur le site du label Claves Records, sur le site www.clicmusique.com, ou sur Amazon.fr – Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Photo à la une : © DR