T.A.I.

Paul Badura-Skoda et Jörg Demus l’auront accompagné tout au long d’une vaste anthologie des Sonates de Mozart passées inaperçue du moins en France : violon ample, archet subtil, quelque chose d’un jeu un rien à l’ancienne mettait immédiatement sa sonorité à part dans le brillant concert des virtuoses de sa génération.

Il faut dire que Thomas Albertus Irnberger n’aura pas cédé aux sirènes des “major companies”. Salzbourgeois de naissance, autrichien de cœur et d’esprit, il reste fidèle au label national Gramola, trop heureux que son violon soit si bien capté. Récemment, une intégrale des Sonates de Beethoven avec Michael Korstick révélait une sonorité plus conquérante. Le revoici cette fois en concerto.

Son Korngold qui chante éperdument ne craint pas ceux d’Heifetz, de Perlman ou Shaham, élancé, d’une densité de timbre assez inouïe, avec ces phrasés dressés, éloquents. Une ardeur héroïque anime la coda du Moderato, alors que la Romance est versée au sombre, concentrée, intense, sans un gramme de sucre. De bout en bout, dans l’habillage scintillant de l’Orchestre Symphonique d’Israël conduit avec panache par Doron Salomon, c’est merveille et tout autant pour le bien moins couru Concerto de Jules Conus avec ses interminables phrases qui exigent un sostenuto inspiré.

Là encore, Heifetz qui se l’était approprié en 1920, en avait signé une version mémorable, Irnberger ne lui cède en rien, le jouant comme une symphonie concertante, dans et avec l’orchestre. Cela vous change le visage de cet opus majeur du répertoire romantique russe, placé juste entre ceux de Tchaikovski et de Glazounov : un poème tour à tour lyrique ou héroïque plutôt qu’un exercice de virtuosité.

Compléments parfaits : retrouvant Barbara Moser, Irnberger s’approprie avec humour, tendresse ou brio les quatre pièces de fantaisies tirées par Korngold de sa musique pour la pièce de Shakespeare « Much Ado About Nothing », avant de conclure l’album par la sombre Élégie de Conus enregistrée en première mondiale.

LE DISQUE DU JOUR

cover-irnberger-conus-korngold-gramolaErich Wolfgang Korngold (1897-1987)
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 35
4 Pièces de “Much Ado About Nothing”, Op. 11
Jules Conus (1869-1942)
Concerto pour violon et orchestre en mi mineur, Op. 1
Élégiepour violon et piano, Op. 2 No. 1

Thoms Albertus Imberger, violon
Barbara Moser, piano
Orchestre Symphonique d’Israël
Doron Salomon, direction

Un album du label Gramola 99108
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Photo à la une : © DR