Violon-monde

Franziska Pietsch et Detlev Eisinger m’avaient bluffé dans les trois Sonates de Grieg, allaient-ils renouveler leur incroyable réussite dans les deux opus si dissemblables que Prokofiev réserva à la même formation ?

Dès les premières mesures de la Sonate en fa mineur, l’immense violon noir et froid – on dirait que Franziska Pietsch joue avec un archet en plomb – dit tout de cette partition tragique où Prokofiev livra ses musiques les plus désespérées, cauchemar sans remède où le piano sévère et minimaliste de Detlev Eisinger fait paraître des spectres. Fascinant, complètement inédit dans cette manière spectrale de composer le son comme le propos, en tout l’inverse de la lecture plus extravertie du tout jeune Benjamin Beilman que j’aime tant. C’est plutôt dans la lignée de Gidon Kremer que Franziska Pietsch inscrit son discours glaçant.

Et pour la Seconde, qui n’est en aucun cas le chef-d’œuvre qu’est la Première ? Le son s’allège, la violoniste chante en rossignol, mais garde tout de même des accents, des inflexions, une fantaisie un rien inquiète décidément bien vue dont l’original pour flûte ne laissait rien paraitre. Et quelle furia d’archet dès le second motif ! Detlev Eisinger compose un orchestre de son piano. En complément, les 5 Mélodies montrent avec quel art ils savent animer les miniatures. Quels prochains opus revisiteront ces aventuriers ? Les Sonates de Bartók leur iraient comme un gant.

LE DISQUE DU JOUR

cover prokofiev pietsch auditeSergei Prokofiev (1891-1953)
Sonate pour violon et piano No. 1 en fa mineur, Op. 80
Sonate pour violon et piano No. 2 en ré majeur, Op. 94b
5 Mélodies, Op. 35b

Franziska Pietsch, violon
Detlev Eisinger, piano

Un album du label Audite 97722
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Photo à la une : (c) DR