Triplé Chosta

L’Exécution de Stenka Razine serait-il le chef-d’œuvre méconnu de son auteur ? Assurément. Cette scène narrative a connu peu de versions au disque, Vitaly Gromadski et Kirill Kondrachine en ayant signé d’emblée une interprétation définitive à laquelle ses rares rivales ne purent se mesurer. Paavo Järvi relève le défi, il est le seul à disposer d’une vraie basse qui puisse concurrencer Gromadski sur le terrain du timbre, de l’accent, de la caractérisation même si Alexei Tanovitski donne un rien trop de pathos ça et là, malgré la direction si droite, si objective du chef letton qui dispose d’un chœur roide et d’un orchestre coupant. Comme Melodiya laisse dormir la version de Kondrachine dans ses archives, c’est ici que vous devrez apprendre cette œuvre terrible, que j’aurais aimé voir coupler avec la moderniste Seconde Symphonie plutôt qu’avec les deux cantates staliniennes qui l’accompagnent.

Objectivité, c’est encore une fois le maître-mot de la Septième Symphonie selon Paavo Järvi, cette fois-ci à la tête de l’Orchestre National de Russie : mise en place impeccable, déferlement sonore contrôlé, orchestre droit et sans atmosphères, tempos plutôt du coté de Toscanini que de Kondrachine, mais de terreur, de vision, d’arrachement physique point, tout cela détaillé par une prise de son exemplaire qui éclaire trop crûment le propos du chef.

Alors, où trouver l’émotion, la fulgurance ? Réponse chez Deutsche Grammophon. En avril 2015, le Symphony Hall de Boston s’enflamme sous les coups de boutoirs et les accents furioso, les feux vifs qu’Andris Nelsons tire de la Dixième Symphonie. Il refuse de la diriger comme une œuvre d’allégeance à Staline, la pousse au noir, la ricane littéralement, et ouvre ça et là des béances vertigineuses, preuve qu’il faut chez Chostakovitch toujours interpréter et ne pas se contenter de lire. Simplement la plus clouante interprétation de la 10e depuis Svetlanov. Le disque s’ouvre par la Passacaille tirée de la Lady Macbeth de Mtsensk, musique sans rémission qui constitue une introduction parfaite aux amers de la symphonie. Et tendez bien l’oreille : Nelsons fait sonner Boston comme jamais auparavant, il lui a déjà imposé sa marque.

LE DISQUE DU JOUR

cover jarvi cantates chosta eratoDmitri Chostakovitch (1906-1975)
Cantates
L’Exécution de Stenka Razine, Op. 119 (Cantate pour basse, chœur et orchestre)
Le Soleil brille sur la Mère Patrie (Cantate pour chœur et orchestre)
Le Chant des forêts, Op. 81, sur des poèmes d’E. Dolmatovski (Oratorio pour ténor, basse solistes, chœur d’enfants, chœur mixte et orchestre)

Alexei Tanovitski, basse
Konstantin Andreyev, ténor
Chœur de Concert Estonien
Chœur d’enfants Nava
Orchestre Symphonique National d’Estonie
Paavo Järvi, direction
Un album du label Erato 0825646166664
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cover chosta jarvi pentatone
Dmitri Chostakovitch
Symphonie No. 7 en ut majeur, Op. 60 “Leningrad”

Orchestre National
de Russie

Paavo Järvi , direction

Un album du label Pentatone PTC5186511
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cover nelsons chosta 10 dgg
Dmitri Chostakovitch
Symphonie No. 10
en mi mineur, Op. 93

Lady Macbeth de Mtsensk – Passacaille

Boston Symphony Orchestra (Orchestre Symphonique de Boston)
Andris Nelsons , direction

Un album du label Deutsche Grammophon 4795059
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Photo à la une : (c) DR