Le Tombeau de Schubert

En 1927, Leopold Godowsky composa l’une de ses plus splendides compositions, qui est pourtant demeurée l’une de ses moins connues, un éloquent hommage à Schubert en vue de la commémoration des cent ans de la mort du compositeur.

Une passacaille méditative sur le thème initial de la Symphonie “Inachevée”, quarante-quatre variations, puis une brève cadence, soupir mélancolique suivi d’un envol, avant qu’une fugue n’emporte à l’empirée du pianisme ce tombeau éloquent que Busoni et Sorabji n’auraient pas désavoué. Godowsky teinte de souvenirs du Dies Irae le motif si sombre, la rumeur de contrebasse des premières mesures de l’original schubertien, s’en obsédant, la parant d’accords et de traits rachmaninoviens.

C’est la merveille enclose au sein de ce disque magnifique que Massimo Giuseppe Bianchi joue avec émotion dans le grand son de son Steinway boisé et profond (le modèle D n° 484310), faisant oublier sa technique d’orfèvre derrière un discours où l’émotion le dispute à la ferveur. Il commence son disque en mode léger avec la fameuse Valse de Diabelli que Beethoven s’amusera à perdre, mais que Schubert à la plage suivante fait danser dans un éclairage magique de demi-jour.

Schubert est le fil rouge de cet album unique, que ce soit varié par Czerny avec un goût si sûr (mais vraiment pour le salon), arrangé avec d’infinies délicatesses par Tausig (l’Andantino varié) ou transporté entre Szymanowski et Bartók par Helmut Lachemann (les très stimulantes Variationen über ein Thema von Franz Schubert).

Lorsque Massimo Giuseppe Bianchi se confronte aux textes originaux, son art impeccable brille d’une profondeur supplémentaire, dans les touchantes Variations D. 156, si lyriques (et avec quelles subtilités de couleurs il les peint, les fait respirer), mais surtout dans l’Impromptu en si bémol majeur à variations, joué grand style, dans un toucher châtié, profond, d’une élégance folle.

Magnifique nouvel opus de ce pianiste pour les pianistes dont l’album “Around Bach” m’avait déjà tant plu.

LE DISQUE DU JOUR

The Art of Variation

Anton Diabelli (1781-1858)
Valse en ut majeur
Franz Schubert (1797-1828)
Variation en ut mineur sur une valse d’Anton Diabelli, D. 718
Variations en fa majeur,
D. 156

Divertissement sur des motifs originaux français, D. 823 (extrait : II. Andantino varié, arr. pour piano seul : Carl Tausig)
Impromptu en si bémol majeur, D. 935/3
Variations sur un thème d’Anselm Hüttenbrenner, D. 576
Leopold Godowsky (1870-1938)
Passacaglia, 44 Variations, Cadenza et Fugue sur l’introduction de la « Symphonie “Inachevée”, D. 759 » de Schubert
Carl Czerny (1791-1857)
Variations en la bémol majeur sur une valse favorite de Schubert (Variationen über einen beliebten Wiener-Walzer), Op. 12
Helmut Lachenmann (né en 1935)
Variationen über ein Thema von Franz Schubert

Massimo Giuseppe Bianchi, piano

Un album du label Decca 4818602
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Photo à la une : le pianiste et compositeur Leopold Godowsky, avec le cinéaste Charles Chaplin – Photo : © Chaplin Archives