Echoes from Tanglewood – Episode 1: The Arrival

Une semaine au célèbre festival de Tanglewood, non loin de Boston, aux États-Unis. Un reportage de François Dru sous la forme de plusieurs cartes postales, à l’occasion du 70è anniversaire du chef d’orchestre Leonard Slatkin.

PREMIÈRE CARTE POSTALE

Ce voyage avait été initié tel un pari. En janvier dernier, Cindy McTee – Madame Slatkin à la ville, elle a conservé son réputée patronyme de compositrice pour la scène* – m’avait confié que le Boston Symphony Orchestra voulait célébrer le 70e anniversaire de Leonard lors de l’édition 2014 du Festival de Tanglewood. L’occasion n’était que trop belle afin de rejoindre la troupe qui allait déguster sa première part de gâteau à la saveur très vieille Europe de la Nouvelle-Angleterre.

Ayant quitté l’Orchestre National de Lyon quelques mois après, avec le grand regret de cesser une fructueuse relation professionnelle avec un chef américain de tout premier ordre qui a pu développer ma connaissance du répertoire US de manière exponentielle, j’avais promis à Cindy et Leonard que je serai présent pour cet événement. Parole tenue. Cela au plus grand étonnement de mes collègues et amis américains – Emanuel Ax fut très surpris de me voir ce matin dans les couloirs du Shed !

C’est donc après quelque trois heures trente de train depuis Boston (sur la ligne Amtrak qui dessert Cleveland et Chicago), à travers de magnifiques paysages boisés d’érables, chênes et bouleaux, lacs et rivières de toute beauté, tout en serpentant à travers des collines rocheuses, que j’ai rejoint la modeste station de Pittsfield-MA, commune voisine de Lenox, siège du Tanglewood Music Center (TMC).

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The Mount from the Walled Garden (c) David Dashiell

Après avoir laissé l’active cité de Boston, le contraste, en contemplant alors le tranquille village de Lenox, aux magnifiques maisons de parements de bois, est des plus saisissants. Ici, le vert est la couleur dominante (en photo : The Mount from the Walled Garden (c) David Dashiell), tout n’est que vie commune avec la nature. Le parc du Tanglewood Music Center est gigantesque : de majestueux et séculaires arbres se sont posés sur de larges pelouses entretenues à l’anglaise. Le “Shed” Koussevitzky est imposant à souhait mais le plus impressionnant et enthousiasmant vient quand le Boston Symphony Orchestra s’accorde et travaille le programme du soir. L’acoustique “naturelle” développée par les panneaux construits en 1958 est juste exemplaire. J’avoue avoir pensé pendant plusieurs minutes que les gigantesques enceintes qui surplombent la scène diffusaient le son repris par les micros suspendus et quelques couples parsemés dans l’orchestre. Mais non, tout est à l’image des collines environnantes : naturel.

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Le Shed Koussevitzky

Au pupitre, ce matin à dix heures, pour la répétition du concert du soir : Keith Lockart – patron du Pops ; John Williams et sa partition composée pour le Tintin de Steven Spielberg, vraiment de grande facture ; Andris Poga – je dois vraiment vous parler très vite de l’autre Andris du BSO ! –, Stéphane Denève et enfin Leonard Slatkin.

Selon la tradition et la mission d’éducation voulue par Serge Koussevitzky, Tanglewood est aussi un conservatoire estival, le Boston Symphony Orchestra accueille ce soir l’orchestre des jeunes du TMC dans une spectaculaire conclusion très feu d’artifice – au propre comme au figuré d’ailleurs – avec une Ouverture « 1812 », confiée à Stéphane Denève, à la tête des deux orchestres réunis sur scène (soit 24 violoncelles !!). (Photo ci-dessous : le Koussevitzky Shed (c) 2008 Robert A. Baron)

Le plus surprenant, avec une telle armée de musiciens, est que l’on pourrait s’attendre à un déluge sonore sans grande définition mais en réalité, la scène de la traque des soldats français, avant que n’éclate l’hymne de gloire au Tsar, est d’une précision chirurgicale ! Comme quoi, l’acoustique d’une scène peut apporter une aide bien précieuse aux instrumentistes. Ce qui, ne le cachons pas, ne fut pas le cas des joueurs de canons – des vrais ! – qui n’en ont fait qu’à leur tête concernant leur intervention et un départ quelque peu manqué ! Cela au plus grand dam des écureuils qui traversaient les pelouses du parc.

Gageons que tout cela sera en place pour le grand concert populaire de ce soir qui sera donné devant plus de quinze mille spectateurs !

RECOMMANDATION DISCOGRAPHIQUE

*Un programme entier d’œuvres orchestrales de Cindy McTee est paru en 2013 chez Naxos, dirigé par son époux (cf. Naxos 8.559765)

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LE PROGRAMME
Circuits
Symphony No. 1
(Ballet for Orchestra)
Einstein’s Dream
Double Play

Detroit Symphony Orchestra
Leonard Slatkin
, direction
© 2013 Naxos

Écoutez et téléchargez sur Qobuz, ou Amazon !

Photos : (c) DR
Lien vers l’épisode 2, ici