Le piano de l’Ecossais

Un des géants du piano de l’Entre-deux-guerres, rien moins. Frederic Lamond, né dans une famille pauvre de Glasgow, enfant prodige, aussi doué pour le piano que pour la direction d’orchestre, partit à quatorze ans en Allemagne dans l’espoir d’étudier avec Robert Schumann, peine perdue. Mais il obtiendra quelques cours avec Clara et recueillera l’héritage de Liszt auprès de Max Schwarz ; il se liera d’amitié avec Hans von Bülow qui lui présentera Brahms avec lequel il étudiera ses œuvres de piano. Quelle jeunesse !

Une carrière florissante établira sa réputation des deux côtés de l’Atlantique, le disque documentant assez tôt son art, mais seules les gravures de l’ère électrique purent rendre justice à la beauté épurée de sa sonorité : ce clavier ailé et chantant est un miracle qu’il ne partagea durant l’entre-deux-guerres qu’avec le jeune Wilhelm Kempff, qui jouait bien plus droit, alors que Lamond usait d’un rubato subtil qui tenait de la pure magie.

Les Liszt sont naturellement fabuleux au premier sens du terme, soit légendaires, couleurs irréelles, phrasés divins, rythmes légers, pas un marteau, mais les Beethoven sont plus surprenants encore, pensés en architecte, joués en poète, d’un clavier léger et sonore – la Waldstein, la Tempête, la si difficile 12e Sonate sont à tomber – et constituent un ensemble imparable qui culmine dans une version parfaite de l’Opus 110, fiévreuse comme un cantabile de Weber, mystérieuse aussi.

Que le legs d’un pianiste si considérable ait été si peu réédité reste un mystère qu’aiguise encore le superbe album que lui consacre aujourd’hui APR, ajoutant à la reprise des anciens albums Biddulph des transferts des faces 78 tours restées dans l’ombre. Mais il faut continuer à exhumer les disques de ce génie, à commencer par son légendaire Empereur gravé avec Sir Eugene Goossens qui en fut le premier enregistrement.

LE DISQUE DU JOUR

Frederic Lamond
The Liszt Recordings & HMV & Electrola Electrical Recordings

Franz Liszt (1811-1886)
Erlkönig (No. 4, extrait des “12 Lieder von Schubert, S. 558”, 2 versions)
Waldesrauschen (No. 1, extrait des “2 Konzertetüden, S. 145”)
Gnomenreigen (No. 2, extrait des “2 Konzertetüden, S. 145”, 4 versions)
Un sospiro (No. 3, extrait des “3 Concert Études, S. 144”, 5 versions)
Air du Stabat mater (No. 1, extrait des “2 Transcriptions d’après Rossini, S. 553”)
Sonetto 104 del Petrarca (No. 5, extrait des “Années de pèlerinage II, S. 161”)
Tarantella (No. 3, extrait des “Années de pèlerinage II, Supplément, S. 162, “Venezia e Napoli””)
Valse-impromptu, S. 213
Tarantelle di bravura d’après “La muette de Portici” d’Auber, S. 386
Feux follets (No. 5, extrait des “Études d’exécution transcendante, S. 139”)
Nocturne en la bémol majeur (No. 3, extrait des “Liebesträume, S. 541”)

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonate pour piano No. 8 en ut mineur, Op. 13 “Pathétique”
Sonate pour piano No. 12 en la bémol majeur, Op. 26 “Marche funèbre”
Sonate pour piano No. 14 en ut dièse mineur, Op. 27 No. 2 “Clair de lune”
Sonate pour piano No. 17 en ré mineur, Op. 13 No. 2 “Tempête”
Sonate pour piano No. 23 en fa mineur, Op. 57 “Appassionata”
Sonate pour piano No. 21 en ut majeur, Op. 53 “Waldstein”
Sonate pour piano No. 31 en la bémol majeur, Op. 110
Sonate pour piano No. 6 en fa majeur, Op. 10 No. 2 (extrait : II. Allegretto)
Sonate pour piano No. 18 en mi bémol majeur, Op. 31 No. 3 (2 extraits : II. Scherzo, III. Menuetto)
Rondo en sol majeur, Op. 51 No. 2

Johannes Brahms (1833-1897)
Capriccio en si mineur, Op. 76 No. 2
Frédéric Chopin (1810-1849)
Nocturne en la bémol majeur, Op. 32 No. 2
Anton Rubinstein (1829-1924)
Barcarolle en sol mineur, Op. 50 No. 3 (extrait des “6 Tableaux caractéristiques, Op. 50”)
Mikhail Glinka (1804-1857)
L’Alouette (arr. pour piano : Mily Balakirev)

Frederic Lamond, piano

Un coffret de 3 CD du label APR 7310
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Photo à la une : le pianiste Frederic Lamond – Photo : © DR