Adieux huit fois

L’objet en lui-même est un poème dès le recto de l’album. Penchez-le un peu, des ailes de fée poussent à Asmik Grigorian, la sauvant de ses habits de deuil. Est-ce sa fille (a-t-elle une fille, un fils ?) qui aura agrémenté de dessins les trois volets dépliés de l’album ? Qui aura dessiné le livret avec des formules mathématiques sans réponse ?

Une chose est certaine, pour les Vier letzte Lieder, objet unique de ce disque bref où le temps d’écoute est plutôt soustrait, deux fois quatre ne font pas huit. La mouture avec piano, que Ljuba Welitsch et Paul Ulanowski avaient révélée dans un formidable LP est un trésor oublié que le piano poète de Markus Hinterhäuser magnifie ; il règle dans le grand meuble un orchestre, et porte sa soprano loin dans les efflorescences comme dans l’éther. Magique, au point qu’il faudra d’abord aller à la plage huit.

En quelques mots, la soprano indique qu’il lui a fallu trouver d’autres couleurs d’une version à l’autre. Lesquelles ? Portées par l’orchestre infiniment mobile, enveloppant (quel violon solo pour l’alouette), ses couleurs ne changent pas de celles exposées par le piano, son souffle légendaire règne, ses registres, la paille de tant de sopranos, se déploient également du grave à l’aigu. La chair même du timbre, le chant droit façon Jurinac, la ligne instrumentale surprendront ceux qui veulent des parfums dans les mots ; ici, les notes volent, trop heureuses dans un crépuscule où il est d’abord question d’échapper à la mort.

LE DISQUE DU JOUR

Richard Strauss (1864-1949)
Vier letzte Lieder, TrV 296
Vier letzte Lieder, TrV 296 (version avec piano : Max Wolff)

Asmik Grigorian, soprano
Orchestre Philharmonique de Radio France
Mikko Franck, direction
Markus Hinterhäuser, piano

Un album du label Alpha Classics 1046
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Photo à la une : la soprano Asmik Grigorian – Photo : © Algirdas Bakas