Apothéose de la danse

Dès le Prélude de la Suite en sol majeur, preste, d’un archet ductile, le ton est donné. Valérie Aimard n’entre pas dans le temple, elle joue les Suites comme des suites, et dans l’acceptation française que Bach leur a donnée, suites de danses, Allemandes, Gigues, Courantes, Sarabandes, prenant aux gambistes une part de leur syntaxe que magnifient le geste leste, l’archet diseur signé Joseph Henry, les couleurs si émouvantes dans le timbre de voix humaine de la belle caisse milanaise de 1694 qui ne quitte plus la violoncelliste avec raison.

La souplesse du poignet, la résonnance profonde et pourtant lumineuse du corps de l’instrument qui y répond, l’élégance innée des phrasés qui éclairent les polyphonies et rendent les danses si piquantes, les rêveries si délicatement mélancoliques, voilà bien de quoi s’immerger à nouveau dans ce cahier si couru mais qui n’avait pas trouvé depuis longtemps une version aussi touchante.

Pas une once de pathos, mais quelque chose de mozartien dans l’allégement, la pudeur, le plaisir aussi qui fait danser ici tout ce qui le doit, et n’oublie jamais de chanter sans appuyer, sait être libre (joli trouvaille, la seconde Bourrée de la Suite en mi bémol majeur, tout en pizzicatos !), préfère surprendre que célébrer.

Cette intimité heureuse va au cœur des six Suites, les variant comme dans un vibrant kaléidoscope, merveille je vous dis !

LE DISQUE DU JOUR

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Les 6 Suites pour violoncelle
Suite No. 1 en sol majeur, BWV 1007
Suite No. 2 en ré mineur, BWV 1008
Suite No. 6 en ré majeur, BWV 1012
Suite No. 3 en ut majeur, BWV 1009
Suite No. 5 en ut mineur, BWV 1011
Suite No. 4 en mi bémol majeur, BWV 1010

Valérie Aimard, violoncelle

Un album de 2 CD du label EnPhases ENP014
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Photo à la une : la violoncelliste Valérie Aimard –
Photo : © Valérie Aimard