Cerfs enchantés

Béla Bartók, avant de mettre des notes sur le poème de sa future Cantata Profana, hésita. Il rédigea une première version en respectant la langue originelle de ce poème mythique, le roumain, puis se résolut à le traduire en hongrois. Cela eut l’effet d’un repentir qu’on avait remisé aux réserves. Enfin, Lawrence Foster lève le voile.

Les couleurs plus latines du roumain donnent des teintes moins sombres et probablement moins d’attaques que les aspérités du hongrois, mais quelle intensité pour l’émotion, et quelle ardeur douloureuse dans la plaine du ténor, suppliée dans ses aigus déchirants par un chanteur inspiré : Ioan Hotea n’a pas à rougir devant le souvenir de Josef Réti. Admirable, comme les Danses transylvaniennes que Lawrence Foster fait sonner avec une pointe de génie comme jouées par un orchestre de village.

Sombre, le grand Psalmus hungaricus où règne le ténor rapace de Marius Vlad, vaste fresque dont la battue épique de Lawrence Foster retrouve l’ardeur qu’y imposèrent Ferenc Fricsay et Istvan Kertesz, aveuglantes les somptuosités du bien moins couru Budavari Te Deum où une magnifique soprano, Luiza Fatyol, déploie ses aigus en étendard, quel disque ! qui laisse espérer par les mêmes d’autres albums procédant des mêmes mises en miroirs.

LE DISQUE DU JOUR

Zoltán Kodály
(1882-1967)
Budavari Te Deum
Luiza Fatyol, soprano – Roxana Constantinescu, mezzo-soprano – Marius Vlad, ténor – Bogdan Baciu, baryton
Psalmus hungaricus, Op. 13
Marius Vlad, ténor

Béla Bartók (1881-1945)
Danses de Transylvanie, Sz. 96, BB 102b
Cantata Profana, Sz. 94, BB 100
Ioan Hotea, tenor – Bogdan Baciu, baryton

Junior VIP, chœur d’enfants
Chœur et Orchestre Philharmonique d’État de Transylvanie
Lawrence Foster, direction

Un album du label Pentatone PTC5187071
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Photo à la une : le chef d’orchestre Lawrence Foster –
Photo : © Marc Ginot