Violon imaginaire

Beethoven avait écrit spécifiquement son Concerto pour le violon atypique de Franz Clement, l’anti-virtuose du temps dont la sonorité angélique, le son léger et émouvant, lui auront inspiré les suspensions célestes du sublime Larghetto.

Dans le petit échange entre Vilde Frang et Pekka Kuusisto au sujet de cet enregistrement, heureusement édité dans le livret, ce violoniste singulier, en tous points l’anti Rodde, qui pâmait les mélomanes viennois de ses charmes souverains, est justement évoqué, et plus encore par l’archet de flûte que fait planer Vilde Frang tout au long d’un Larghetto que seul le souvenir de la version princeps signé au temps de l’enregistrement électrique sur 78 tours par Joseph Wolfsthal peut égaler.

La lecture est d’une souveraine aisance, et d’une fantaisie justement impertinente : cadence avec timbale déduite de la conversion au piano du même opus, et quelques surprises – mini-cadence, ornements partagés avec le hautbois – dans un Finale qui danse en apesanteur. Sublime, et subliment partagé par la direction amoureuse de Pekka Kuusisto : une violoniste n’est jamais aussi mieux accompagnée que par un autre violoniste.

Leur Stravinski est étincelant dès la terrible première mesure du violon, avec cet accord sadique qui distend la main de l’interprète, et la deuxième Aria n’aura jamais sonné si infiniment désespérée, parenthèse de pure tristesse dans un opus qui ailleurs raille et bataille.

Splendide doublé.

LE DISQUE DU JOUR

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 61
Igor Stravinski (1882-1971)
Concerto pour violon et orchestre en ré, K. 075

Vilde Frang, violon
Kammerphilharmonie Bremen
Pekka Kuusisto, direction

Un album du label Warner Classics 19029667740
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Photo à la une : la violoniste Vilde Frang – Photo : © Marco Borggreve