Pilar

À quoi tient une destinée … dans les années 70 et au début des années 80, Pilar Lorengar fut l’une des plus fabuleuses grandes sopranos lyriques de son temps, le grain si particulier de sa voix la plaçant à part.

Le public allemand la chérissait au point qu’elle lui offrit l’essentiel de ses prestations, Lorin Maazel en faisant sa soprano Puccini favorite (ce dont sa série chez CBS ne se fit hélas jamais écho, Lorengar étant sous contrat chez Decca), sa Manon Lescaut face au Des Grieux de James King à l’Opéra de Berlin inaugurant une décennie où elle incarnera avec feu d’immortelles Cio-Cio-San, Suor Angelica et cette Tosca demeurée dans les annales.

Le récital enregistré à Londres en 1978 documente trop brièvement les quatre rôles. Significativement, pour Butterfly, elle préfère à « Un bel di vedremo », l’ultime adresse à l’enfant, cri chanté, invocation brûlante, pour Manon l’appel désespéré au désert plutôt qu’« In quelle trine morbide », c’est saisir le drame, montrer que sa voix était faite pour se brûler en scène et qu’elle voulait faire entrer l’un et l’autre dans l’espace aseptisé du studio.

À chaque fois, les visages paraissent, les émotions jaillissent, comme celles de Donna Anna, vertigineuses, Ian Caley, son Don Ottavio en resterait presque sans voix, le disque ajoutant la grande ligne tout aussi consumée de l’Elisabetta à la fin de Don Carlo (quel « Tu che le vanita », droit, lancé, comme seule Jurinac avant elle sut, put !, le faire), le « Einsam in trüben Tagen » d’Elsa, rappelant qu’elle fut une des blondes wagnériennes favorites outre-Rhin. Les deux airs de Salud me confirment qu’elle égala dans La vida breve le chant magnétique jusque dans l’élégie, l’inflexion blessée qu’y avait inventés Victoria de los Ángeles.

Belle idée d’avoir ajouté après Goyescas qui referme le récital londonien ce Canto a Sevilla magique où elle retrouvait Jesús López Cobos, mais cette fois dans l’acoustique somptueuse du Victoria Hall, écoutez la dire La Giralda !

LE DISQUE DU JOUR

The Voice of Pilar Lorengar

Airs de Mozart (Don Giovanni), Falla (La vida breve), Granados (Goyescas), Puccini (Tosca, Manon Lescaut, Suor Angelica, Madama Butterfly), Verdi (Don Carlo) et Wagner (Lohengrin)
Joaquín Turina (1882-1949)
Canto a Sevilla, Op. 37

Pilar Lorengar, soprano
London Philharmonic Orchestra
L’Orchestre de la Suisse Romande
Jesús López Cobos, direction

Un album du label Decca 4807840 (Collection Eloquence Australia)
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Photo à la une : la soprano Pilar Lorengar – Photo : © DR