Son temps est venu

Johann Ladislav Dussek ou la métamorphose de la sonate classique en sonate romantique ? Beethoven admirait ses œuvres, il y trouvait certainement ce sens de l’humeur, ces atmosphères capricieuses, ce discours ardent qui à force d’essayer excédaient les structures classiques, les noyant sous l’affect. Comme pour Beethoven, le pianoforte, instrument en constante mutation, fut le lieu de la libération de son imaginaire. La série initiée par Brilliant m’aura jusque-là échappée, elle confie chaque volume à un interprète différent mais les associait jusque-la à un même instrument, un Longman-Clementi.

Viviana Sofronitzky lui préfère le pétillant, l’alerte pianoforte de son cher Paul McNulty d’après un Walter de 1792, si vert et si fusant, au clavier irrésistiblement mobile : les trois Sonates de l’Opus 9, charmantes et capricieuses, lui sont à peu près contemporaines, leurs contredanses spirituelles où passe encore le sourire de Mozart, « croquées » avec esprit par la fille du grand Vladimir, qui a hérité de son père cette fantaisie naturelle, le goût des audaces – écoutez comme tout cela danse et fuse dans la Première Sonate et aussi ce cantabile ombré de tragique qui saisit à l’écoute du Larghetto con espressione de la Deuxième Sonate, seul mouvement « retenu » de l’ensemble du cahier: Beethoven décidément n’est pas loin.

L’instrument de McNulty, avec ses registres contrastés et son clavier naturellement chantant, donne toute son ampleur à la « Grande Sonate » Op. 75. Nous sommes en 1811, Dussek est revenu à Paris et tire le diable par la queue, il écrit cette vaste sonate pour redorer son blason devant le public de l’Odéon.

Adieux Beethoven et le franc discours des années passées, l’œuvre est une immense guirlande de thèmes et d’effets à la Weber, d’un lyrisme capiteux, qui devait plaire aux mélomanes parisiens. Mais l’œuvre est complexe, surprend par des audaces inattendues jusque dans l’harmonie qui montre des tensions certaines. Viviana Sofronitzky saisit tous les enjeux de cette partition fascinante, posée entre deux mondes.

Quel dommage que le principe de la série n’octroie qu’un disque à chaque interprète !

LE DISQUE DU JOUR

Jan Ladislav Dussek
(1760-1812)
3 Sonates pour clavier, Op. 9
Sonate pour clavier No. 27 en mi bémol majeur, Op. 75

Viviana Sofronitsky, pianoforte

Un album du label Brilliant Classics 95598
Acheter l’album sur le site du label Brilliant Classics ou sur Amazon.fr – Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Photo à la une : la pianofortiste Viviana Sofronitsky – Photo : © Majka Votavova

Une réflexion sur « Son temps est venu »

Les commentaires sont fermés.