Les anges noirs de Dresde

Septembre 1972, la Staatskapelle de Dresde enregistre dans la vaste acoustique de la Lukaskirsche les Symphonies de Schumann ainsi qu’Ouverture, Scherzo et Finale, Claus Strüben règle les micros, Wolfgang Sawallisch s’occupe de la balance, car ce qui reste l’essence de cet enregistrement demeuré depuis quarante ans une référence intangible est bien la clarté absolue – la sombre clarté selon l’oxymore de Corneille – d’un orchestre où tout respire et s’entend, jusque dans le rubato subtil, allusif, qui permet d’instiller dans le discours ces pointes d’émotion fugitives.

Remettant sur la platine ces enregistrements dont j’avais bien usé deux jeux de microsillon avant de les retrouver en CD dans le cadre de la Sawallisch Edition d’Electrola, je suis à nouveau saisi par la perfection du discours, la beauté du quatuor sans ostentation pourtant, les tempos souvent contrastés où Sawallisch imprime sa marque, faisant parler la musique en réglant les densités et les accents pour que l’orchestre soit un organisme vivant qui ne cesse de chanter, mais de chanter large et vif. Ecoutez seulement le Scherzo de la 2e Symphonie, la petite marche du trio, ailée, fusante, modelée, merveille !

Alors, la valeur des Symphonies de Schumann était encore âprement discutée, Leonard Bernstein les remettait au goût du jour de l’autre coté de l’Atlantique. Sawallisch revisitait la tradition et se démarquait des gestes péremptoires que certains grands anciens – Furtwängler, Abendroth – avaient appliqués à la 4e Symphonie qu’il dirige en lyrique, la transformant en un émouvant poème lyrique.

Les équilibres de la Rhénane n’ont eu qu’un précédent, ceux qu’y distillait jadis Carl Schuricht, la simplicité de la Première Symphonie pourrait se mirer dans le geste clair qu’y déployait Josef Krips, mais cette Deuxième incandescente et légère, fluide, altière, n’aura pas d’égal, seuls Rafael Kubelik et Sergiu Celibidache en approcheront sans en retrouver la logique interne, l’éloquence sans emphase.

Si vous ne connaissez vos Symphonies de Schumann, commencez ici, pour les autres, la couverture d’origine de cette réédition, qui reproduit celle du coffret resserrant les trois microsillons Electrola, sera une émouvante madeleine.

LE DISQUE DU JOUR

cover schumann sawallisch emi
Robert Schumann
(1810-1856)
Les 4 Symphonies
No. 1 en si bémol majeur, Op. 38 « Le Printemps »
No. 2 en ut majeur, Op. 61
No. 3 en mi bémol majeur, Op. 97 « Rhénane »
No. 4 en ré mineur, Op. 120 (version 1851)
Ouverture, Scherzo et Finale

Staatskapelle Dresden
Wolfgang Sawallisch, direction

Un album de 2 CD du label Warner Classics 0825646075942
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Photo à la une : © DR