Début de l’aventure

Richter et Chostakovitch lui-même ont marqué à jamais l’interprétation du Quintette, lectures fer et sang où le piano donnait le ton et le tactus respectivement au Quatuor Borodine et au Quatuor Beethoven.

Marc-André Hamelin ne voit pas les choses ainsi ; son piano ample, plein de timbres et sans violence, écoute le quatuor – cela est sensible dans l’entre-chien-et-loup du premier mouvement, dans l’étrange Adagio ou se délite la Fugue, et même le Scherzo sur les pointes – et préfère au motorisme habituel une déambulation un peu ivre où perce un humour moins sarcastique qu’à l’habitude. Dans l’Intermezzo, avec son chant du violon entre Bach et musique juive, le caractère esseulé laisse place à une forme de rêve à peine triste. Décidément, cette lecture atypique offre un autre angle de vue sur un chef-d’œuvre bien plus ambigu qu’il n’y paraissait jusque là.

Les Takacs essaient de renouveler également le complexe deuxième Quatuor, requiem sans paroles écrit à la fin de la Seconde Guerre mondialeChostakovitch pleure son ami Ivan Sollertinski. Cette plongée dans l’intime, presque privée de pathos par les Takacs, prend soudain une dimension autre, intemporelle, comme dégagée du contexte historique. Bien vu, suprêmement réalisé, serait-ce le premier volume d’un voyage du Quatuor Takacs dans le journal secret de Chostakovitch ?

LE DISQUE DU JOUR

cover takacs hamelin hyperion
Dmitri Chostakovitch (1906-1975)
Quintette pour piano et cordes en sol mineur, Op. 57
Quatuor à cordes No. 2 en la majeur, Op. 68

Marc-André Hamelin, piano
Quatuor Takács

Un album du label Hyperion CDA67987

Photo à la une : (c) DR