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Triomphe de Michael Tilson Thomas à Pleyel

En cette mi-mars 2014, Michael Tilson Thomas et son Orchestre Symphonique de San Francisco faisaient halte à Paris (avant Vienne et Genève) pour deux concerts à la Salle Pleyel, le lundi 17 et le mardi 18. Voilà deux magnifiques soirées à la distinction inoubliable ! Deux programmes très différents, composés d’oeuvres avec lesquelles MTT est en affinités depuis toujours (Ives, Septième de Beethoven, Troisième de Mahler)

LUNDI 17
Orchestre somptueux, à commencer par des cordes délicates et lyriques, et un pupitre de cuivres élégant. Un Ives bref et méconnu (transcription pour orchestre de la Concord par Brant), un Adams en création française, brillant et magnifiquement écrit pour l’orchestre, avant un Beethoven tranquille et pourtant parfaitement maîtrisé. Rarement entendu une interprétation aussi claire et lisible d’un point de vue harmonique et polyphonique de la Septième de Beethoven. Les phrasés sont parfaitement énoncés, les tempos idéaux. Un très grand concert – tout ceci me donne envie de redécouvrir la discographie de Michael Tilson Thomas en détail.

MARDI 18
Le choix était d’ailleurs cruel ce soir-là. J’aurais tant voulu entendre le Rosenkavalier du Théâtre des Champs-Elysées dans son casting de rêve (Isokoski, Kirill Petrenko, etc.).

Mais ce fut finalement Mahler avec Michael Tilson Thomas et la Troisième Symphonie. Je ne fus pas déçu, tellement cette extraordinaire deuxième soirée fut pétrie d’humanité, et de la même élégance que la veille. Quel plaisir d’entendre un chef à nouveau si attentif à l’harmonie, à la richesse orchestrale de cette musique. Une authentique expérience musicale, assez souvent déconcertante!

LES PROGRAMMES DES CONCERTS
Lundi 17
Charles Ives (1874-1954) / Henry Brant (1913-2008)
A Concord Symphony (arr. de la Concord Sonata) – No. 3 : The Alcotts
John Adams (né en 1947)
Absolute Jest (création française)
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sylmphonie No. 7 en la majeur, Op. 92

Mardi 18
Gustav Mahler
(1860-1911)
Symphonie No. 3

Sascha Cooke, mezzo-soprano
Chœur de l’Orchestre de Paris
San Francisco Symphony Orchestra
Michael Tilson Thomas, direction

Photo : © DR

Une Troisième de Mahler si vivante, par Martinon

Il ne faut jamais se fier au répertoire enregistré d’un artiste. Au XXe siècle, rares sont les chefs d’orchestre qui ont enregistré des oeuvres selon leurs volontés. Karajan, Ansermet sans doute. Ces deux artistes des années 50 à 80, faisaient à peu près ce qu’ils voulaient. Le public les suivait. A eux deux, ils ont vendu un nombre impressionnant de microsillons. Continue reading Une Troisième de Mahler si vivante, par Martinon

Saraste, vibrant Mahler !

En cette fin de janvier 2009, le Finlandais Jukka-Pekka Sarastedirigeait l’Orchestre Philharmonique de Radio France dans la Sixième Symphonie de Gustav Mahler. Une soirée extraordinaire, une interprétation imparfaite, mais très expressive de cet étonnant chef-d’œuvre du maître autrichien.

L’orchestre avait des ailes, il a montré ce soir-là des qualités proches des orchestres germaniques, des pupitres de cordes très homogènes et investies, des bois très caractérisées – seuls les cors montraient leurs difficultés à répondre immédiatement aux volontés du chef (phrasés un peu plats). Mais de toute évidence, Saraste – et comme toujours – a métamorphosé totalement la phalange parisienne, et dès qu’un orchestre retrouve ses couleurs, une interprétation musicale gagne souvent en émotion, même si parfois on peut regretter que Saraste ne veuille pas s’engager un peu plus – le tempo du dernier mouvement est un peu lent, ce qui lui empêche peut-être un plus grand naturel dans les transitions, bien qu’elles restent sensibles et d’une haute tenue.

Il s’avère que j’avais écouté plusieurs fois aux alentours de ce concert la célèbre version Deutsche Grammophon de Leonard Bernstein, inouïe et d’un modernisme visionnaire. Mais à aucun moment, Saraste ne déçoit – sa conception était certes plus classique, sans manque d’ardeur ou de lumière pourtant. Une très belle soirée !

Pour prendre un peu de recul, il est assez étonnant de constater comment Salonen et Saraste, de la même génération, ont une vision bien personnelle du son orchestral, qui n’est pas si éloigné, même si Saraste témoigne d’une férocité dans la matière sonore finalement plus grande – Salonen serait plus soyeux (à cet égard, avoir assisté au concert de Salonen au mois de décembre s’avérait instructif). Voilà deux chefs passés entre les mains de Jorma Panula, comme le plus jeune Gullberg Jensen aujourd’hui, qui pourrait être presque une synthèse de ses deux aînés.

LE PROGRAMME DU CONCERT
Gustav Mahler (1860-1911)
Symphonie No. 6

Orchestre Philharmonique de Radio-France
Jukka-Pekka Saraste, direction

Photo : © DR