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Poésie de clavier

Quelle magnifique idée : Clément Lefebvre, pour ce qui est je crois bien son premier disque, marie Rameau et Couperin. Marcelle Meyer et ses successeurs (Thérèse Dussaut, Alexandre Tharaud, Iddo Bar-Shaï) auront enregistré soit l’un soit l’autre, ou les deux, mais pas ensemble. C’est Marcelle Meyer qui donne l’exemple ici, dès une Dauphine pleine de caractère, élancée et superbe, avec quelque chose d’espagnol dans son arabesque, un certain « port de clavier » pour ainsi dire. Comme cela sonne !

Puis on parcourt à dix pièces célèbres de Couperin prises dans les Troisième et Quatrième Ordres, musique qui donne à voir et dont Clément Lefebvre dit toutes les couleurs dans une effusion de trilles, d’ornements, de mélodies où les contre-chants de la main gauche sont d’une fluidité extrême, contrepoints de saveurs, et encore une fois impossible de ne pas penser à ce que faisait Marcelle Meyer, jusque dans ce clavier très timbré, très rond, qui cherche une sorte d’idéal sonore d’un temps passé. On ne joue plus ainsi du piano, enfin on ne jouait plus, car c’est la boîte de Pandore qu’ouvre le jeune pianiste français, et tout un monde de licences poétiques se dévoile, vrai discours du tendre et du sensible, qui sait aussi virevolter jusqu’à une sorte de griserie ; écoutez L’Arlequine.

Si Lefebvre a vraiment le génie du tableau qui chez Couperin fait tout à condition qu’on sache aussi faire entendre le savant de son écriture où, au piano, Bach n’est jamais si loin qu’on ne le croit, il a aussi le génie de la prospective : son album se referme par la plus parfaite Suite en la entendue depuis Marcelle Meyer, alliage subtil de tendresse et de fierté, avec cette pointe de nostalgie amusée qui fait le portrait de Fanfarinette si juste, émouvant comme un sourire, et quel contraste avec les fusées de La Triomphante, quel sens de la dramaturgie et de l’espace harmonique dans la grande Gavotte et ses six Doubles !

Ah !, quel beau disque, qui souligne naissant l’art de ce pianiste poète que je voudrais demain entendre chez Chopin ou Granados.
Bravo !

LE DISQUE DU JOUR

François Couperin (1668-1733)
Le Point du jour, Les Rozeaux, L’Arlequine, L’anguille, La Couperin, Les Tricoteuses, Les Folies françoises ou Les Dominos, Les Petits Moulins à vent, La Pantomime. Le Dodo ou l’Amour au berceau
Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
La Dauphine
Suite en la mineur, RCT 5 (extrait des « Nouvelles suites de pièces de clavecin », 1727)

Clément Lefebvre, piano

Un album du label Evidence Classic EVCD052
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Photo à la une : © Jean-Baptiste Millot

Pour la Paix

Brossé rapidement sur le livret plein d’éclats de Louis de Cahuzac, Naïs fut donné à l’Académie Royale de Musique le 27 avril 1749 pour célébrer la victoire « à la Pyrrhus » d’Aix-la-Chapelle. Rameau y brûla un rien toutes ses cartouches dans le formidable Prologue : son bruit de guerre en guise d’ouverture et la lutte des Titans et des Dieux lui ont inspiré des effets qui saisissent encore aujourd’hui, mais si l’on trouve des interprètes sensibles, les trois actes de cette pastorale héroïque dévoilent leurs charmes, ses musiques de danse sont parmi les plus ouvragées coulées de la plume du Dijonnais, son orchestre reste toujours aussi étourdissant.

En 1980, Nicholas McGegan redonnait ses chances à l’ouvrage, un enregistrement suivi sans convaincre vraiment ; depuis, Naïs attendait son heure, la voici venue.

Emportant Prologue et Pastorale d’un seul geste, György Vashegyi incarne enfin l’œuvre dans toute sa magnificence, lui donnant un souffle épique, y distillant un théâtre tour à tour spectaculaire ou subtil qui rend justice autant au livret de Cahuzac – on ne voit plus guère Louis XV derrière Jupiter ou Georges II derrière Neptune, les caractères dramatiques s’incarnent en eux-mêmes – qu’à la musique si inventive de Rameau.

Et enfin, György Vashegyi offre à Naïs ce que McGegan ne pouvait lui offrir : une équipe de chant quasi toute francophone, pour laquelle la pratique historiquement informée est une première nature : Reinould van Mechelen, Neptune ardent, Florian Sempey, Jupiter dans toute sa superbe, le Pluton de Thomas Dolié, et la Naïs fruitée de Chantal Santon-Jeffrey – quel vrai théâtre !

Cette nouvelle anthologie de l’opéra baroque française née sur les rives du Danube hongrois est décidément prodigue en découvertes, hier l’Isbé de Mondonville, aujourd’hui Naïs, quelle sera la prochaine merveille révélée ? Campra mériterait bien les attentions de cette vaillante troupe.

LE DISQUE DU JOUR

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Naïs

Chantal Santon-Jeffery, soprano (Naïs)
Reinoud Van Mechelen, ténor (Neptune)
Florian Sempey, baryton (Jupiter, Tirésie)
Thomas Dolié, baryton (Pluton, Télénus)
Manuel Nuñez-Camelino, ténor (Astérion)
Daniela Skorka, soprano (Flore, une Bergère)
Philippe-Nicolas Martin, baryton (Palémon)
Márton Komáromi (Protée)

Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction

Un album de 2 CD du label Glossa GLO924003
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Photo à la une : © DR

Fêter Mondonville

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In exitu Israël

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