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Hommage

Sergei Rachmaninov et Fritz Kreisler gravèrent trois sonates, mariage étonnant où chacun fit assaut de style. Dmitry Sitkovetsky et Lukas Geniušas n’ont pas froid aux yeux, les voilà qui explicitement rendent hommage à leurs prédécesseurs en s’affrontant au même triptyque.

Inutile de comparer les anciens et les modernes, mieux vaut savourer la vivacité moqueuse de leur 8e SonateBeethoven est capricieux au possible, et s’émerveiller du naturel désinvolte de leurs échanges, des alacrités d’un jeu fusant qui saisit les humeurs de cet opus fantasque. La ténébreuse Troisiéme Sonate de Grieg, où Sitkovetsky se transforme en ménétrier – son violon est si sombre soudain – les montre si différents !, quelle paire de caméléons.

Mais le plus beau du disque (comme d’ailleurs chez Kreisler et Rachmaninov) reste la sérénade aventureuse du Grand Duo de Franz Schubert : archet de chanteur, piano éolien, de la magie pure.

Les deux amis, heureux de leur hommage, ajoutent deux nostalgies, Lukas Geniušas musarde de son clavier fluide dans les encorbellements dont Rachmaninov a paré le Liebesleid de Kreisler, puis ensemble, ils flutent les charmes un peu cocotte de Schön Rosmarin, refermant ce joli album nostalgique.

LE DISQUE DU JOUR


Hommage to Fritz Kreisler et Sergei Rachmaninov

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Sonate pour violon et piano No. 8 en sol majeur,
Op. 30 No. 3

Franz Schubert (1797-1828)
Sonate pour violon et piano en la maj, D. 574 « Grand Duo »
Edvard Grieg (1843-1907)
Sonate pour violon et piano No. 3 en ut mineur, Op. 45
Fritz Kreisler (1875-1962)
Liebesleid (arr. pour piano seul : Rachmaninov)
Schön Rosmarin

Dmitry Sitkovetsky, violon
Lukas Geniušas, piano

Un album du label Melodiya MELCD1002595
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Photo à la une : le violoniste Dmitry Sitkovetsky et le pianiste Lukas Geniušas – Photo : © DR

Concerto-confession

Le grand Concerto pour violon qu’Edward Elgar écrivit en 1909 pour Fritz Kreisler reste un mystère pour bien des violonistes : Jascha Heifetz s’y perdit, alors que Campoli en trouva d’emblée la lyrique effusive. Rachel Barton Pine semble lui emboîter le pas par son jeu si physique, mais en accord subtil avec la battue d’Andrew Litton, elle y ajoute une compréhension intime du grand rubato qu’Elgar distille tout au long de son œuvre, élément essentiel de sa grammaire.

Si l’on joue cette partition sans en varier les temps musicaux, elle meurt sous vos doigts, ici elle chante et se pâme, s’envole et se replie, plane et s’élève. Un violon ? Un oiseau, comme si l’alouette de Vaughan Williams était née de ce concerto, s’en était envolé cinq ans plus tard.

De bout en bout, ce violon ose des phrasés inouïs de lyrisme, un jeu subtilement modelé jusque dans les éclats, une ferveur parcourt l’archet de Barton Pine, comme l’orchestre qui l’enserre ou la transporte, c’est une tout grande version de l’œuvre, l’une des plus radicales et peut-être la plus juste que j’en ai entendue depuis les propositions flamboyantes de Dmitri Sitkovetsky et de Pinchas Zukerman.

La même intensité physique imprime au Premier Concerto de Bruch une urgence sombre qui me fait espérer que cette violoniste magnifique poursuivra en enregistrant la Fantaisie écossaise et les autres concertos.

LE DISQUE DU JOUR

Sir Edward Elgar (1857-1934)
Concerto pour violon et orchestre en si mineur, Op. 61
Max Bruch (1838-1920)
Concerto pour violon et orchestre No. 1 en sol mineur, Op. 26

Rachel Barton Pine, violon
BBC Symphony Orchestra
Andrew Litton, direction

Un album du label Avie Records AV2375
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Photo à la une : © DR