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C Major se lancerait-elle dans la réédition intégrale du legs vidéographique de Leonard Bernstein, du moins celui assemblé par Unitel et publié jusque-là chez Deutsche Grammophon ? “Volume 1” indique cet emboîtage de six DVD dont quatre restituent quelques concerts historiques.

Les Sibelius de Vienne sont célébrissimes, Bernstein avait tout appris des secrets du compositeur finlandais durant ses années auprès de Koussevitzky, les Wiener Philharmoniker fréquentaient l’intégralité du cycle depuis que Lorin Maazel les y avait guidés pour leur légendaire intégrale chez Decca, leur rencontre dans ce répertoire avec Lenny est souvent magique : Première et Deuxième emportées, volcaniques où se lit avec un peu trop de présence l’empreinte de Tchaïkovski, mais la Cinquième est plus incertaine.

Le premier mouvement peine à trouver sa direction et ne se forme vraiment qu’à la coda, stupéfiante, l’Andante est assez survolé préparant un Finale formidable où Lenny danse, ivre de cette musique qu’il produit. La perle de cet ensemble reste la Septième du 4 octobre 1988, phrasée tout du long espressivo et dont le Vivacissimo se souvient du ton bucolique et joueur des épisodes rapides de la Sixième. Il suffit de mettre ensuite la version de Koussevitzky en concert à Boston pour retrouver exactement la même conception.

Autre sommet, le 16e Quatuor de Beethoven dans sa version élargie au quatuor d’orchestre où Bernstein sculpte les cordes en démiurge, atteignant à un discours cosmique dans le Lento. On passe des ors du Musikverein à ceux de la basilique d’Ottobeuren, des Wiener Philharmoniker aux Chœurs et Orchestre de la Radio Bavaroise, pour une lecture exaltée et exaltante de la Missa in tempore belli (Paukenmesse), portée par un quatuor fabuleux.

Bernstein défendait les Messes de Haydn depuis des années, les avait enregistrées pour la CBS à New York et à Londres, mais la captation à Ottobeuren surclasse l’enregistrement américain.

Perle de cette première livraison, le concert Debussy avec l’Orchestre de la Santa Cecilia capté en juin 1989. Les Images sont surprenantes, Gigues un rien prudent de tempos, Rondes de printemps, ultime pièce des Images mais que Bernstein place en second, miraculeux d’équilibre et de fantaisie, Iberia brillantissime mais surtout d’une sensualité inouïe pour Les parfums de la nuit et qui se renouvelle pour un Prélude à l’après-midi d’un faune languide, qui rappelle par la profusion de ses couleurs celui tardif, et filmé, de Leopold Stokowski. Puis suit une version tellurique de La Mer que Bernstein danse littéralement, la dirigeant souvent les lunettes à la main. Quel dommage de ne pas avoir plus de témoignages de sa collaboration avec les Romains !

À tout cela s’ajoute le beau film d’hommage de Geörg W. Übbolt sur le compositeur et le chef d’orchestre : les témoignages abondent, introduction parfaite à sa vie et à son art, et plus discutable, le DVD sur le 75eme anniversaire du Festival de Tanglewood où seule la Fantaisie chorale de Beethoven emmenée par David Zinman peut se laisser admirer (Peter Serkin est au piano), au contraire d’une Anne-Sophie Mutter qui détimbre son Sarasate ou de cette Valse de Maurice Ravel sur laquelle Andris Nelsons met sa petite chorégraphie à semelles de plomb. C’est pourtant lui que les Bostoniens ont choisi pour nouveau directeur musical.

LE DISQUE DU JOUR

Leonard Bernstein – Vol. 1

Jean Sibelius (1865-1957)
Symphonie No. 1 en mi mineur, Op. 39
Symphonie No. 2 en ré majeur, Op. 43
Symphonie No. 5 en mi bémol majeur, Op. 82
Symphonie No. 7 en ut majeur, Op. 105
Claude Debussy (1862-1918)
Images pour orchestre, L. 122
Prélude à l’après-midi d’un faune, L. 86
La mer, L. 109
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quatuor à cordes No. 16, Op. 135 (version pour orchestre à cordes)
Fantaisie pour piano, chœur et orchestre en ut mineur, Op. 80
Joseph Haydn (1732-1809)
Missa in tempore belli en ut majeur, Hob. XXII:9 “Paukenmesse”
Concerto pour piano et orchestre en ré majeur, Hob. III:11
Leonard Bernstein (1918-1990)
Three Dance Episodes from “On the Town”
Harold Arlen (1905-1986)
Over the Rainbow
Aaron Copland (1900-1990)
Fanfare for the Common Man
Jerome Kern (1885-1945)
“Ol’ Man River”, extrait de “Showboat”
Maurice Ravel (1875-1937)
La valse, M. 72
Richard Rodgers (1902-1979)
“Shall we dance?”, extrait de “The King and I”
Pablo de Sarasate (1844-1908)
Fantaise sur des thèmes de Carmen, Op. 25
Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893)
Andante cantabile, extrait du Quatuor à cordes No. 1 en ré majeur, Op. 11
Et aussi, “Larger than Life”, film documentaire de Georg Wübbolt sur Leonard Bernstein.
Interview des enfants du compositeur et de Gustavo Dudamel, Kent Nagano, Marin Alsop, Christoph Eschenbach

Judith Blegen, soprano
Brigitte Fassbaender, mezzo-soprano
Claes H. Ahnsjö, ténor
Hans Sotin, basse
James Taylor, voix, guitare
Anne-Sophie Mutter, violon
Peter Serkin, piano
Emanuel Ax, piano
Yo-Yo Ma, violoncelle, direction

Tanglewood Festival Chorus
Tanglewood Music Center Orchestra
Boston Symphony Orchestra
Boston Pops Orchestra
Chor und Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks
Wiener Philharmoniker
Orchestra dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia

Leonard Bernstein, direction
David Zinman, direction
Stefan Astbury, direction
Keith Lockhart, direction
John Williams, direction

Un coffret de 6 DVD du label C Major Entertainment CM743008
Acheter l’album sur le site www.clicmusique.com, ou sur Amazon.fr

Photo à la une : © DR