Du nouveau

Il pleut des jeunes quatuors ces derniers temps. Combien dureront ? Je gage que le Novus Quartet – quatre étudiants de l’Université Nationale des Arts de Corée – ira loin et longtemps. D’ailleurs, il n’est pas si neuf que cela, fondé en 2007 : voici bientôt dix ans qu’il travaille, affine son style, met au point un répertoire choisi comme le montre ce premier opus transcendant, qui met en regard deux partitions de jeunesse et un chef d’œuvre de maturité.

L’album s’ouvre dans les gris coloré du Langsamer Satz, Webern avant Webern en quelque sorte, lyrique mais déjà visant au silence, écrit comme à l’intérieur de la musique, quelque chose comme une réponse recueillie à l’esthétique de La Nuit transfigurée, où les archets des Coréens caressent les polyphonies éplorées, suspendent les notes, affinent les timbres, dosent les pizzicatos – écoutez le récitatif de l’alto, moment magique.

Les quatre amis restent à Vienne avec une lecture dionysiaque, prodigieusement projetée, du Quartetto “Serioso”, cette œuvre manifeste où l’humeur fait tout. Quel jeu au cordeau, quelles attaques, quel art de la surprise et des coups d’éclat, quel sens de l’ensemble, qui rappellent immédiatement que leur modèle reste le Quatuor Hagen, devenu depuis des amis. Décidément, ces Coréens sont chez eux chez Beethoven, ils devront continuer à explorer ses Quatuors, les mystères des Harpes leur iraient assurément.

Mais ils quittent Beethoven pour révéler une partition oubliée d’Isang Yun (1917-1995) ; son Premier Quatuor qu’il composa alors qu’il n’était pas encore venu en Occident, est un bijou nostalgique où il effectue pour la première fois la synthèse entre traditions savantes coréenne et occidentale. Magie d’une musique inouïe qui laisse transparaître son admiration pour Debussy, Ravel, Janáček et annonce le grand œuvre à venir. De toute façon il faut découvrir ce compositeur de génie que seule l’Allemagne, où il résida un temps, connaît un tant soit peu. En bis, une harmonisation d’une chanson populaire coréenne referme l’album. Vite, je remets cet imparable Serioso.

LE DISQUE DU JOUR

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Anton Webern (1883-1945)
Langsamer Satz
Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Quatuor à cordes No. 11
en fa mineur, Op. 95
« Serioso »

Isang Yun (1917-1995)
Quatuor No. 1

Novus Quartet

Un album du label Aparté AP125
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Photo à la une : © DR