L’âme aux cordes

Longtemps, je n’ai vécu qu’avec une version de la Sérénade pour cordes de Tchaikovski, celle justement qui referme le deuxième CD de ce coffret inespéré : en octobre 1964, pour la stéréophonie, Josef Vlach revenait à cette partition qu’il dirigeait sans en solliciter ni le pathos ni le charme : tout est dans le tempo, d’un équilibre parfait, qui dresse les phrasés comme des vocalises et fait irradier l’harmonie à travers un jeu polyphonique d’une incroyable densité, mais sans que rien pèse jamais.

Cet art si élancé, si fier, rayonne dans les deux autres grandes sérénades, celles de Dvořák et de Suk, qui auront constitué le cœur du répertoire formé avec ses amis autour de son quatuor sous l’œil charmé de Vaclav Talich, lequel les nomma “Orchestre de Chambre Tchèque” – plus modestement Josef Vlach avait pensé à “Orchestre de chambre de Prague“. Mais non, car la perfection du jeu d’ensemble comme le grain si particulier de chacun des instrumentistes, la virtuosité et l’esprit flamboyant de leur jeu appelaient au moins un destin national.

Quel ensemble de cordes aura joué avec tant de présence et de virtuosité ? Certainement le Quatuor Vlach aura posé au sein de l’ensemble un style corsé, plein de caractère, où il n’y a pas de « seconds ». Cette manière alerte fait merveille chez Mozart, et emporte l’adhésion chez les modernes, même revêche : si la Symphonie de Pauer grince, les Danses avec harpe de Debussy sont des bijoux, si Les Oiseaux de Respighi manquent un rien de fantaisie, quelle épure dans l’Apollon Musagète calligraphié par Stravinski !

Mais évidemment, le doublé Dvořák est au premier plan, Sérénade et Suite tchèque, résumant l’esprit d’un art qui a disparu, si proche et pourtant si lointain.

LE DISQUE DU JOUR

cover vlach supraphonJosef Vlach
Legendary Recordings

Antonín Dvořák (1841-1904)
Sérénade pour cordes
en mi majeur, Op. 22

Suite tchèque en ré majeur, Op. 39
Josef Suk (1874-1935)
Sérénade pour cordes
en mi bémol majeur, Op. 6

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Divertimento pour cordes en ré majeur, K. 136
Adagio et Fugue en ut mineur, K. 546
Sérénade No. 13 en sol majeur, K. 525, “Eine kleine Nachtmusik”
Piotr Ilyitch Tchaikovski (1840-1893)
Quatuor à cordes No. 1 en ré majeur, Op. 11
(extrait : 2. Andante cantabile, arr. pour orchestre : Tchaikovski, 1888)

Sérénade pour cordes en ut majeur, Op. 48
Benjamin Britten (1913-1976)
Variations sur un thème de Frank Bridge, Op. 10
Claude Debussy (1962-1918)
Danses sacrée et profane
Ilja Hurník (1922-2013)
Concerto pour hautbois, piano et cordes
Jiri Pauer (1919-2007)
Symphonie pour cordes
Henry Purcell (1659-1695)
Suite pour cordes, extraite de “King Arthur”
Ottorino Respighi (1879-1936)
Gli Uccelli – Suite pour petit orchestre, P. 154
Igor Stravinski (1882-1971)
Apollon Musagète

Karel Patras, harpe
Stanislav Duchoň, hautbois
Ilja Hurnik, piano
Orchestre de Chambre de Prague
Orchestre de Chambre Tchèque
Josef Vlach, direction

Un coffret de 4 CD du label Supraphon SU4203-2
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Photo à la une : © DR