De l’art de bien rééditer, Vol. 11 : Les Flûtistes du siècle

Jean-Pierre Rampal a enregistré plus qu’aucun autre flûtiste ne le fit jamais. Il entrait au studio pour la première fois en 1946, gravant avec les Pasquier sa première version du Quatuor de Mozart, une carrière discographique qui se refermera en 1999, moins d’une année avant sa mort.

Dans l’entre-temps, une quantité considérable de disques à compter de l’apparition du microsillon, partagés entre pas moins de vingt éditeurs ! Au centre d’un ensemble aussi complet que disparate se tient le legs engrangé par Erato à compter de 1954 et débuté par un album RousselTrio en la majeur, première gravure de l’œuvre – prisé immédiatement par les connaisseurs.

Pourtant le rayonnement de Rampal, déjà soliste international fêté, sera indissociable de la redécouverte du Baroque Français entrepris inlassablement par Jérôme Garcin et Norbert Dufourcq, mais pas seulement. C’est précisément cette odyssée que narre le premier volume – un second de 20 disques est annoncé pour avril – en rééditant quantité de gravures depuis longtemps disparues des catalogues.

Certes, Blavet et Corrette ouvrent les festivités, mais rapidement le traverso si éloquent de Rampal visite Vivaldi, Mozart, Telemann, et surtout Bach. Deux pleins disques avec comme partenaire principal Robert Veyron-Lacroix, firent la fortune du flûtiste. Et il me faut bien confesser que devant ces lignes parfaites, ce son si incarné, ce jeu sostenuto, j’abandonne toute prévention stylistique. Bach, c’est cette lumière, éternellement.

Les modernes sont eux aussi irrésistibles, joués avec une telle évidence : Martinu, Jolivet, la Sonate de Prokofiev rappellent à quel point Rampal se souciait d’étendre son répertoire à tous les extrêmes. Somme prodigieuse, splendidement ravivée coté son, coffret conçu avec art, livret bourré d’informations, bravo, c’est cela qu’éditer veut dire !

Heureux hasard, un coffret de trois CD consacré à Maxence Larrieu et produit par l’Association Jean-Pierre Rampal me parvient en même temps. Maxence Larrieu, qui ne dédaignait pas le piccolo (un album de Concertos de Vivaldi chez Cassiopée avait fait florès…) fut l’élève de Joseph Rampal, le père de Jean-Pierre. Et son art ne le cède en rien à celui de son célèbre confrère, tout en s’en différenciant.

Là où Rampal vise toujours un classicisme hédoniste, Larrieu met une fantaisie, un esprit, parfois une tendresse du son qui m’ont toujours rappelé les teintes et le lyrisme de Marcel Moyse. Pour moi, un tout grand qui a passé quatre-vingt ans le 27 octobre de l’année dernière. Ici tout semble touché par le plaisir du jeu.

Écoutez seulement l’Allegro final du Concerto RV 107 de Vivaldi où le violon d’Huguette Fernandez, le hautbois de Jacques Chambon et le basson de Jean Louchez fusent avec lui. Tout un âge d’or.  “Volume 1” annonce l’éditeur, et il a bien raison : il faut rendre à Maxence Larrieu sa place historique en republiant l’intégralité de son legs.

LE DISQUE DU JOUR

cover rampal erato vol 1
Jean-Pierre Rampal
The Complete Erato Recordings
Vol. 1 : 1954-1963

Jean-Pierre Rampal, flûte

Un coffret de 10 CD du label Erato 0825646190447

cover larrieu vol 1 premiers horizons
Maxence Larrieu
Vol. 1
Les Années 1958-1987

Maxence Larrieu, flûte

Un coffret de 3 CD du label Premiers Horizons « Grands solistes » 070158/070159/070160

Photo à la une : (c) DR