Kaufmann Light

Ah effectivement, il ne manquait plus qu’un récital d’opérette au german lover des ténors. Le voilà. Oui, mais Kaufmann ne va pas chercher chez Johann Strauss ce qu’il pourrait chanter naturellement avec le chic qu’on lui connaît, la mission serait trop aisée.

Non, il ira flirter par déférence chez Lehár, et alors que son baryton-ténor l’y aurait propulsé sans souci, il nous prive de Danilo. Ah mais ! lui préférant des raretés, il prend avec brio le tournant vers le sucré, l’exotique, le kitsch auxquels l’opérette germanique cédera avec le XXe siècle.

Dans ce répertoire où brillèrent jadis les manières divines de Tauber ou le chant ardent de Josef Schmidt, pour n’en citer que deux, Kaufmann met son style un rien gourmé – ses aigus ont un œillet à la boutonnière – et ses mots pleins de double sens : la nostalgie-même est une fantaisie, et dire le texte passe presque avant que de le chanter, luxe suprême d’une voix qui même murmurée envoûte par la profondeur de son timbre.

C’est du velours, c’est un disque pour l’hiver qui vient, il vous tiendra chaud, d’autant que les accompagnements en finesse jusque dans le trivial sont impeccables. Allez, un coup de chapeau au Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin et à Jochen Rieder qui flirtent sans honte mais avec art côté cabaret, un sourire à Julia Kleiter qui donne trois fois la réplique, et encore une fois Irgendwo auf der Welt, le tube de l’album pour sûr.

LE DISQUE DU JOUR

jonas_kaufmann_cover_operette_HD“Du bist die Welt für mich”
(Jonas Kaufmann chante l’opérette)

Airs de Paul Abraham, Ralph Benatzky, Werner R. Heymann, Emmerich Kalman, Erich Wolfgang Korngold, Eduard Künneke, Franz Lehár, Hans May, Mischa Spoliansky, Robert Stolz, Richard Tauber

Jonas Kaufmann, ténor
Julia Kleiter, soprano
Rundfunk-Sinfonieorchester Berlin
Jochen Rieder, direction

Un CD Sony Classical 88883754129
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Photo à la une : (c) DR