Le Nouveau monde

Stupéfier ? Philippe Jordan préfère surprendre dans cet ultime volume qui parachève sa seconde intégrale des Symphonies de Beethoven. Je redirai ici qu’à Vienne, il réalise le projet dont son parcours avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris avait été plus qu’une esquisse, un premier pas, décisif. Mais à Vienne, dans les couleurs et l’instrumentarium si spécifique des Wiener Symphoniker, il n’a plus rien à chercher, c’est Beethoven qui s’offre à lui dans une évidence absolue.

Partout de la lumière, de celle que Goethe agonisant demandait, le chef y veille, qui fait tout entendre de ce que Beethoven projette en terme de modernité mais sans jamais déployer la froideur d’une radiographie : l’étoffe est souple, les rythmes nerveux mais fluides, le jeu interne brillant et profond à la fois, porté par un quatuor modelé, des bois mozartiens, des cuivres tenus qui sont comme des chevaux sous le mord, encolures courbées, prêts à bondir. Comme cette maîtrise est exaltante, dans la proclamation ultime de l’Allegro comme dans le mouvement perpétuel du Molto vivace, dans les épisodes du Finale, une célébration d’un lyrisme irrésistible.

Mais le plus beau, le plus inouï reste le chant nocturne, souple, fluide, de l’Adagio. “Molto e cantabile” demande Beethoven, c’est tout à fait cela, et c’est tout à fait comme Claudio Abbado le faisait aussi, chant ému, qui ne saurait s’appesantir mais s’élance, s’émeut, merveille qui commande que demain Philippe Jordan nous offre sa Missa Solemnis. Et maintenant, puisqu’il est en terres viennoises, si bien chez lui pourquoi pas tout Mahler ?

LE DISQUE DU JOUR

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Symphonie No. 9 en ré mineur, Op. 125 « Chorale »

Anja Kampe, soprano
Daniela Sindram, mezzo-soprano
Burkhard Fritz, ténor
René Pape, basse
Wiener Singverein
Wiener Symphoniker
Philippe Jordan, direction

Un album du label Wiener Symphoniker WS017
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Photo à la une : le chef d’orchestre Philippe Jordan – Photo : © DR