La voix pure

Chérubin fut longtemps sa carte de visite, soprano Mozart absolument et pour Böhm d’abord, qui adorait sa Suzanne, sa Despina, sa Zerline, sa Pamina, plus tard, venu à Strauss par Zdenka et Sophie, elle sera une Maréchale sublime et pourtant peu connue.

Le lied fut sa première passion, toute chanteuse d’église qu’elle fut également ; elle y mettait l’imagination du théâtre, des personnages, ce qu’illustre magnifiquement le récital donné avec Karl Engel – cet inspirateur – au Festival de Lucerne le 3 septembre 1975, alors que son soprano lyrique si pur prenait les premières teintes de son automne, medium plus ample, aigu plus fruité encore.

Elle ouvre la soirée avec quelques-unes des mélodies de Mozart qu’elle enregistra toutes pour Deutsche Grammophon avec son époux Bernhard Klee, diction parfaite, voix longue qui sait être piquante ou nostalgique en une seconde, varie à l’infini les éclairages pour rendre sensible chaque affect. C’est du grand art jusque Dans un bois solitaireLa Comtesse des Noces semble paraître.

Cette voix fraîche comme une source aimait la veine populaire, il faut entendre comme elle fait danser ou rêver les sauvages Scènes de village de Bartók et quel petit orchestre de campagne lui invente Karl Engel. Les Brahms sont délicieux tout comme les neuf Lieder tirés des Myrthen de Schumann, musiques de paysages et d’émotions où elle modèle les sentiments d’une inflexion, comme si elle avait un regard dans la voix.

Pourtant, le clou de la soirée reste les cinq Strauss, d’une impertinence (Bleibt’s nicht dabei), d’une fantaisie, d’une poésie qui forcent l’émotion. Quelle artiste ! jusque dans ce bis pris dans l’Italienisches Liederbuch de Wolf : la phrase s’élève, prière sensible, simplement sublime comme tout le concert.

LE DISQUE DU JOUR

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
Das Veilchen, K. 476
Als Luise die Briefe ihres ungetreuen Liebhabers verbrannte, K. 520
Abendempfindung an Laura, K. 523
Dans un bois solitaire”, K. 308/295b
Der Zauberer, K. 472
Béla Bartók (1881-1945)
Dorfszenen. Slowakische Volkslieder (Chansons folkloriques slovaques), Sz. 78
Johannes Brahms (1833-1897)
42 Deutsche Volkslieder, WoO 33 (5 extraits : Nos. 2, 6, 12, 34 & 42)
Robert Schumann (1810-1856)
Myrthen, Op. 25 (9 extraits : Nos. 1, 3, 4, 9, 11, 12, 19, 21 & 23)
Richard strauss (1864-1949)
Schlechtes Wetter, Op. 69 No. 5
Der Nacht, Op. 10 No. 3
Ach, Lieb, ich muss nun scheiden, Op. 21 No. 3
Meinem Kinde, op. 37 No. 3
Hat gesagt, bleibt’s nicht dabei, Op. 36 No. 3
Hugo Wolf (1860-1903)
Auch kleine Dinge können uns entzücken (No. 1, extrait de l'”Italienisches Liederbuch”)

Edith Mathis, soprano
Karl Engel, piano
Récital enregistré au Festival de Lucerne le 3 septembre 1975

Un album du label Audite 95647
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Photo à la une : la soprano Edith Mathis – Photo : © DR