Quatuor de danses

Un quatuor pour rire ? Dans l’Allegro de son Op. 26, Korngold pouffe de rire sur le thème du destin de la 5e de Beethoven avant de se promener dans un Intermezzo délicieusement suranné, un peu Menuet un peu Charlot on ne sait trop. Comme les Jerusalem vous jouent cela, sur les pointes, le sourire à l’archet même lorsqu’ils imitent le ronflement d’un dormeur qui ouvre le joli nocturne attendri du Larghetto, petite sérénade silencieuse ! Le Finale est une merveille, valse de petit café viennois, un peu grise, ils la jouent comme en la sirotant.

Les épices dont Schulhoff parsème les pièces de danse de ses Fünf Stücke fur Streichquartett sont autrement piquantes et même parfois abrasives, on est pourtant dix ans plus tôt que pour l’opus de Korngold, mais Schulhoff, ce bolchévique anarchisant, s’est voué à l’ironie, au sarcasme, et ses Dieux seraient plutôt Bartók ou Janáček que Richard Strauss. Les Jerusalem excellent dans les tons troubles de la Sérénade, comme dans les danses un peu hystériques (Alla Czeca, Alla Tarantella), mais plus encore dans les nostalgies délétères du Tango où ils estompent leurs timbres en une envoûtante danse lente.

Comme en appendice, les cinq lieder du cycle Jiddish ressuscitent une atmosphère de “cabaret song” où passe le souvenir de Kurt Weill que la voix perfide d’Hila Baggio avive encore. Album étrange dont je ne me lasse pas.

LE DISQUE DU JOUR

The Yiddish Cabaret

Erich Wolfgang Korngold (1897-1957)
Quatuor à cordes No. 2 en mi bémol majeur, Op. 26
Erwin Schulhoff (1894-1942)
5 Stücke für Streichquartett
Leonid Desyatnikov
(né en 1955)
Yiddish

Hila Baggio, soprano
Jerusalem Quartet

Un album du label harmonia mundi HMM 902631
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Photo à la une : les musiciens du quatuor de Jerusalem – Photo : © DR