L’inventeur de Mozart

Les mélomanes français le savent assez : Hans Rosbaud produisit la Révolution Mozart du Festival d’Aix-en-Provence, dirigeant la trilogie Da Ponte vive et impertinente, emportant dans un tourbillon léger mais profond des compagnies de chant absolument au diapason de « son » Mozart.

Le chef d’orchestre Hans Rosbaud – Photo : © DR

Pathé a documenté cet âge d’or, l’INA y a ajouté quelques soirées alternatives, histoire de confirmer le miracle, et voici que la SWR dévoile enfin les bandes patiemment engrangées par Rosbaud : son Mozart d’orchestre, concertos, symphonies, airs de concert (où paraissent Danco et Borg, où Krebs met son style parfait sinon sa voix charmeuse), sérénades, quelle leçon de style et qui n’a pas pris une ride à l’égal de ses Haydn que j’ai encensés il y a peu.

Les symphonies sont sur les pointes – quel dommage qu’on n’ait pas la Jupiter – vives, articulées avec un soin des phrasés qui n’oublie jamais le rythme (Menuettos anthologiques, qui semblent annoncer ceux de Harnoncourt) – et définiraient à elle seule le style Rosbaud : précision et élégance, qui me rappelle un peu la manière de Szell dans ses Mozart, mais avec une donnée supplémentaire, le bonheur et une certaine tendresse qui s’exhausse dans les concertos pour piano : l’accord avec le jeune Friedrich Gulda est assez magique dans les Nos. 14 et 23, la fantaisie sans ostentation du 17e avec Anda fabuleuse, le 21e avec Monique Haas si pudique et si émouvante, le 9e stylé de Maria Bergmann, pianiste attachée à la SWR qui serait bien inspirée de lui rendre hommage en lui dédiant un fort coffret, un autre 23eRobert Casadesus chante éperdument.

Et quel trésor de tendresse rêveuse pour la Symphonie concertante où l’alto d’Ulrich Koch sonne avec les couleurs et l’éloquence de Sesto ! Les trois magiques Concertos pour cor avec Dennis Brain prennent des airs de sérénade, et les Sérénades elles-mêmes, à commencer par la Gran Partita, respirent large et dansent aussi, musiques pour des fêtes nocturnes dans des jardins.

C’est Mozart heureux, fraternel, sans une ombre, qui produit sa révolution sereine ! Impossible de ne pas revenir sans cesse à la Sérénade Notturno pour quatre orchestres, ou au Ch’io mi scordi di te de Suzanne Danco. Boîte à merveilles.

LE DISQUE DU JOUR

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

Concerto pour piano No. 9 en mi bémol majeur, K. 271 “Jeunehomme”
Maria Bergmann, piano
Concerto pour piano No. 17 en sol majeur, K. 453
Géza Anda, piano
Concerto pour piano No. 14 en mi bémol majeur, K. 449
Concerto pour piano No. 23 en la majeur, K. 488
Friedrich Gulda, piano
Concerto pour piano No. 21 en ut majeur, K. 467
Monique Haas, piano
Concerto pour piano No. 23 en la majeur, K. 488
Robert Casadesus, piano

Concerto pour cor No. 2 en mi bémol majeur, K. 417

Concerto pour cor No. 3 en mi bémol majeur, K. 447
Dennis Brain, cor
Concerto pour cor No. 2 en mi bémol majeur, K. 417
Domenico Ceccarossi, cor
Concerto pour basson en si bémol majeur, K. 191
Helmut Müller, basson
Concerto pour hautbois en ut majeur, K. 314
Hans Schneider, hautbois
Concerto pour flûte et harpe en ut majeur, K. 299
Ernst Bodensohn, flûte – Annemarie Schmeisser, harpe
Sinfonia concertante pour violon, alto et orchestre en mi bémol majeur, K. 364
Ludwig Bus, violon – Ulrich Koch, alto

Symphonie No. 31 en ré majeur, K. 297 “Paris”

Symphonie No. 36 en ut majeur, K. 425 “Linz”
Symphonie No. 38 en ré majeur, K. 504 “Prague”
Symphonie No. 40 en sol mineur, K. 550 (version 1788)
Symphonie No. 40 en sol mineur, K. 550 (version 1791)
Notturno en ré majeur, K. 286
Sérénade No. 13 en sol majeur, K. 525 “Eine kleine Nachtmusik”
Sérénade No. 11 en mi bémol majeur, K. 375 (version révisée)
Sérénade No. 10 en si bémol majeur, K. 361 “Gran Partita”
Die Zauberflöte, K. 620 – Ouverture
Der Schauspieldirektor, K. 486 – Ouverture

Ch’io mi scordi di te … Non temer, amato bene, K. 505

Suzanne Danco, soprano – Maria Bergmann, piano
Se al labbro mio non credi, K. 295
Or che il dover … Tali e cotanti sono, K. 36
Va, dal furor portata, K. 21
Con ossequio, con rispetto, K. 210
Helmut Krebs, ténor
Per questa bella mano, K. 612
Mentre ti lascio, K. 513
Kim Borg, basse

Südwestfunk-Orchester Baden-Baden
Hans Rosbaud, direction

Un coffret de 9 CD du label SWR Classic SWR19066CD
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Photo à la une : Hans Rosbaud et Kurt Edelhagen, lors des « Donaueschinger Musiktage » – Photo : © DR