Category Archives: Artalinna par les internautes

Ce qu’écrivent spécialement pour nous les internautes à propos d’Artalinna, des parutions du label, des artistes de la maison.
Leurs idées

Faust de jeunesse

Jeune fille, Isabelle Faust n’avait déjà pas froid aux yeux : que veut-elle enregistrer ? Bach. Cela tombe bien, Hänssler a l’homme de la situation : Helmut Rilling enregistre tout Bach, cantates, oratorios, Messes, Passions, elle sera sa violoniste. Ou plutôt l’inverse : il sera son chef.

Car dès le Concerto en la mineur, c’est elle qui donne le tempo, si vif que Rilling doit la suivre, un peu contraint, mais enfin cela fuse. Et dans l’Andante vraiment pris “andante” et qu’il n’aurait pas pris “andante” sans elle, comme elle chante et dit ! Une artiste était née au disque ce jour-là, qui depuis a tenu toutes les promesses que l’on sait.

Les trois « vrais » concertos sont des merveilles de style, et un peu intemporels aussi pour l’orchestre classique de Rilling, quoi qu’on en dise. Faust veut enregistrer tout le reste, Rilling pris dans un souci d’exhaustivité accepte.

Le deuxième CD s’ouvre sur la fanfare d’une Sinfonia d’une cantate perdue ; cet orchestre, ces trompettes, on croirait la bande à Paillard ! Faust enflamme ses traits vivaldiens, c’est la fête.

Le grand Concerto en ré mineur, déduit de celui de clavier, vous a une de ces gueules !, et le vivaldien Concerto en sol donc ! Avec Christoph Poppen et Muriel Cantoreggi, le Concerto en ré tourne aux feux d’artifice.

Réédition pertinente, alors qu’Isabelle Faust vient de refaire tout cela pour harmonia mundi, je vous en cause bientôt. Comparez ! Ce sera raison, pour une fois.

LE DISQUE DU JOUR

Johann Sebastian Bach (1685-1750)
Concerto pour violon No. 1 en la mineur, BWV 1041
Concerto pour violon No. 2 en mi majeur, BWV 1042
Concerto pour deux violons en ré mineur, BWV 1043
Sinfonia en ré majeur, BWV 1045
Concerto en ré mineur, BWV 1052R (version avec violon)
Concerto en sol mineur, BWV 1056R (version avec violon)
Concerto en ré majeur, BWV 1064R (version avec violons)

Isabelle Faust, violon
Christoph Poppen, violon
Muriel Cantoreggi, violon
Bach-Collegium Stuttgart
Helmut Rilling, direction

Un album de 2 CD du label Hänssler Classic HC18054
Acheter l’album sur le site du label Hänssler Classic, sur le site www.clicmusique.com, ou sur Amazon.fr – Télécharger ou écouter l’album en haute-définition sur Qobuz.com

Photo à la une : la violoniste Isabelle Faust – Photo : © Felix Broede

Rêve éveillé

Les cordes dans leurs graves font une nuit que percent les violons, un célesta bat comme un cœur, le paysage s’agrandit. Non, ce n’est pas l’ouverture des Stigmatisés de Schreker, mais les quatre premières pages du chef-d’œuvre de Joseph Marx, Eine Herbstsymphonie, qui aura donc dû attendre un siècle avant d’être enregistré. Continue reading Rêve éveillé

Souvenir parisien et ultime concert

Je n’ai vu diriger Kirill Kondrachine qu’une seule fois, au printemps 1978, à la Salle Pleyel, j’avais gardé le souvenir d’une Schéhérazade éblouissante de fantaisie, d’un chic fou, où l’orchestre se surpassait. Cette Schéhérazade, la voici, bien plus sulfureuse que dans mon souvenir, mais toujours emportée par ce mouvement irrépressible que Kondrachine soulignait à peine d’un haussement de sourcil : il pouvait diriger à l’économie et provoquer pourtant des tsunamis.

J’avais oublié par contre les deux pages de Saint-Saëns qui ouvraient le concert. La musique française fut son jardin secret comme le prouvaient déjà des Ravel magnifiques (surtout son Daphnis avec le Concertgebouw !) mais ce Phaéton somptueusement cambré qui fait voir le char dans les cieux est stupéfiant de réalisme épique, tout comme les décors sonores dont il parsème le 5e Concerto pour piano qu’il dirigea si bien au disque pour Sviatoslav Richter. Quelle chance pour le clavier tout en timbres de Bernard Ringeissen qu’un tel partenaire éclaire les textures et invite à une telle fantaisie onirique, suggérant à son soliste des couleurs, des embardées, un art évocateur ! Et vraiment quel magnifique artiste que Bernard Ringeissen : écoutez-le phraser dans toute la profondeur harmonique de son clavier le deuxième thème de l’Allegro animato, écoutez avec quelle autorité il fait résonner les effets exotiques de l’Andante !

Aussi formidable que soit cette « madeleine » parisienne, les deux œuvres extraites d’un concert amstellodamois avec l’Orchestre de la NDR de Hambourg sont probablement plus essentielles encore. La Première Symphonie de Mahler qui terminait en ce 7 mars 1981 l’ultime concert du chef russe (il décédera dans la nuit) fut publiée, mais pas la première partie de la soirée, la voici : la Symphonie “Classique” de Prokofiev jouée ample et dans la splendeur des cordes hambourgeoises est une leçon de style ; si elle persiffle, c’est sans rien assécher d’un geste spectaculaire.

Plus exceptionnelles encore, les Fünf Orchesterstücke de Schoenberg, transformées en tableaux sonores entre Klimt et Kandinsky, font amèrement regretter que la mort ait emporté Kondrachine alors même que son répertoire s’étendait à la Seconde Ecole de Vienne. Par la pure beauté de ses sonorités, il approche à la sensualité qu’y avait recherchée Herbert von Karajan. Document impérissable et indispensable.

LE DISQUE DU JOUR

Sergei Prokofiev (1891-1953)
Symphonie No. 1 en ré majeur, Op. 25 « Classique »
Arnold Schönberg (1732-1809)
5 Orchesterstücke, Op. 16

NDR Sinfonieorchester
Kirill Kondrachine, direction
Enregistré le 7 mars 1981 au Concertgebouw, Amsterdam

Camille Saint-Saëns (1835-1921)
Phaéton, Op. 39
Concerto pour piano et orch. No. 5 en fa majeur, Op. 103 « Égyptien »
Nikolai Rimski-Korsakov (1844-1908)
Schéhérazade, Op. 35

Bernard Ringeissen, piano
Orchestre Philharmonique de Radio France
Kirill Kondrachine, direction
Enregistré le 19 mai 1978 à la Salle Pleyel, Paris

Un album de 2 CD du label St-Laurent Studio YSL-T714
Acheter l’album sur le site du label www.78experience.com

Photo à la une : © DR