Seine-Danube

Difficiles, les Quatuors avec piano de Fauré ne le sont pas pour l’auditeur, qui se laisse emporter par les mélancolies du Premier ou les paysages emplis de vent et de soleil du Second, mais bien pour leurs interprètes. Le disque aura montré le plus souvent des attelages déparés, pianistes seuls, trios seuls, chacun jouant à part.

Or, Fauré écrit le piano dans les cordes à un point tel que le discours comme les structures rythmiques y sont intimement tissés. L’équilibre est atteint d’emblée par ce jeune ensemble d’Outre-Rhin, Gerhard Vielhaber évoquant dans le jeu si varié de son piano les couleurs, les contrechants et les ductilités des cordes ; les paysages se confondent enfin, la logique du discours emporte le lyrisme ardent qui pare ces écritures complexes, les quatre amis savourant les ambigüités harmoniques de la syntaxe de Fauré, ce moderniste masqué.

Magnifique, tout comme d’avoir relevé le défi de faire voisiner à chaque disque les opus de Fauré et ceux d’Enesco. Le ton de grande symphonie de l’Opus 16 est bien dans la veine de ce jeune homme bouillonnant qui subjuguait le gotha musical parisien ; il faut l’incarner avec ardeur, de l’idée fixe qui paraît au début de l’œuvre à sa conclusion orgiaque, sans craindre d’élargir le champ dynamique. Les Mariani y rappellent l’ardeur conquérante qui emportait la Première Symphonie tout comme l’imaginaire débridé de la Première Suite d’orchestre.