D’un compositeur l’autre

24 juin 1958 : Paul Hindemith dirige pour la Radio de Stuttgart la 7e Symphonie de Bruckner. L’orchestre de la SWR, depuis le règne de Carl Schuricht, la jouait en tempos rapides.

Hindemith fait encore plus preste, au point parfois de bouler les effets d’écho de l’Adagio: la flûte n’a pas encore fini de chanter que les cordes reprennent leur inexorable avancée. Moins de dix-neuf minutes, un record. Longtemps, les critiques moquèrent cette lecture qui nous revient aujourd’hui dans un son métamorphosé, ce qui permet de prendre toute la mesure du propos d’Hindemith. En compositeur, et comme ne le faisait pas Schuricht, il supprime la cymbale au sommet du tutti, laissant les vents rayonner seuls.

Mais au fait, que reprochait-on à cette bande radiophonique qui connut quelques éditions non autorisées ? Ah oui, Hindemith dirigeait objectivement, faisant d’un Bruckner évidemment sans Dieu une victime collatérale de la « Nouvelle Objectivité ». Raccourci pratique et de surcroît menteur. Car, dès l’Allegro moderato, on est saisi par ce chant torrentiel, ce plein son du quatuor qu’Hindemith sculpte de l’intérieur, et où les altos sonnent autant que les violons ou les violoncelles. Cette flamme est tout sauf objective. Et la conduite sostenuto un modèle d’intelligence pour qui veut entendre toute la science polyphonique de Bruckner. Manière toujours singulière : dans l’Adagio, le quatuor de tubas joue preste, galbant la phrase, introduisant une scène dramatique entre