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Grand Piano

Cette Dumka qui s’ouvre par un vaste paysage où point l’aube puis se met à danser comme emportée par un orchestre de balalaïka, quelle suite vertigineuse d’images sonores ! C’est Ilya Rashkovskiy qui la chorégraphie ainsi, empoignant son grand clavier mais le faisant virevolter aussi, lançant des fusées pianistiques assez inouïes, les carrant dans des rythmes dressés, élancés pour revenir, morendo, au thème nostalgique qui l’ouvrait, esseulé soudain, morcelé, comme à bout de souffle.

Et le lied infiniment las de la Romance Op. 5, quels souvenirs doux-amers égrène-t-il ? Cet art de dire va comme un gant, on s’en doute à l’un des deux objets majeurs de son album russe, à ce jour son troisième disque. Les Tableaux d’une exposition n’avaient pas connu une lecture aussi affirmée depuis Maria Yudina, rien moins, et dans sa note d’intention, Ilya Rashkovskiy indique qu’il se les ait appropriés sans rien écouter de ce qu’en firent ses collègues, passés ou contemporains.

On le croit, tant la puissance de caractérisation de sa proposition unifie cette œuvre-univers où s’incarne toute la Russie. La nature sonore toujours très lumineuse de son grand jeu de piano éclaire le recoin le plus sombre des Catacombes, mais fait aussi imploser les carillons de La Grande Porte de Kiev, et il faut entendre les appuis chancelants du Ballet des poussins dans leurs coques où le sermon de Goldberg à Schmuyle pour soudain comprendre à quel degré il sait peindre en musique.

Après les trompettes et les cloches qui referment ces Tableaux iconiques, le nocturne sulfureux de l’Élégie de Rachmaninov s’élève, barcarolle implacable jusque dans sa tendresse, prélude à une Deuxième Sonate de Rachmaninov emportée par une irrépressible bourrasque mais où pourtant les parenthèses lyriques se composent avec une éloquence rarement atteinte.

Lecture terrible, exaltante, même dans le rêve désabusé du Non allegro, avant que le Finale ne déverse ses danses symphoniques. Un piano ? Un orchestre. Je suivrais pas à pas Ilya Rashkovskiy.

LE DISQUE DU JOUR

cover rachmaninov la musica RashkovskiyPiotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893)
Dumka en ut mineur, Op. 59
Romance en fa mineur, Op. 5
Modeste Moussorgski (1839-1881)
Tableaux d’une exposition
Sergei Rachmaninov (1873-1943)
5 Morceaux de fantaisie, Op. 3 (extrait : I. Elégie en mi bémol mineur)
Sonate pour piano No. 2 en si bémol mineur, Op. 36 (version 1931)

Ilya Rashkovskiy, piano

Un album du label La Musica LMU007
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Photo à la une : © DR

Recréation

Combien de pianistes auront cru devoir avaler des feux d’artifice pour jouer la Rhapsodie sur un thème de Paganini que Rachmaninov composa durant l’été 1934, du brio, du nerf, de l’éclat et à la fin pas grand-chose d’autre. C’est oublier un peu vite que le cycle montre à l’œuvre l’incroyable génie du compositeur russe Continuer la lecture de Recréation

Une pianiste pour Rachmaninov

Ce n’est pas un secret, Mikhail Voskresensky aura formé pléthore de pianistes russes, tous plus excellents les uns que les autres. Pour qui connait ses disques – ses Polonaises de Chopin, ses Sonates de Scriabine s’affichent en haut de la discographie Continuer la lecture de Une pianiste pour Rachmaninov

Vainqueur

28 mai 2016, le public et le jury du Concours Reine Elisabeth couvraient sous des tonnerres d’applaudissements, Lukáš Vondráček, vingt-neuf ans. Il venait de ne faire qu’une bouchée du Troisième Concerto de Rachmaninov. Vous pourrez entendre, en ouverture du coffret documentant l’édition 2016, ce Troisième tout en panache, aussi héroïque que virtuose, qui chante avec une sorte de pureté irrésistible. Continuer la lecture de Vainqueur