Les ombres de Franck

Pour un premier disque, il fallait oser ce qui, au fond, est un album César Franck, c’est-à-dire oser jouer non seulement Prélude, Choral et Fugue (et avec quelle densité de son et de propos !) mais aussi le splendide Prélude, Aria et Final autrement difficile Continue reading Les ombres de Franck

Abrasif

Ruggiero Ricci détesta ses années d’enfant prodige, mais sa technique stupéfiante fut acquise dès son plus jeune âge, à l’égal de celles d’un Josef Hassid ou d’un Michael Rabin. Parvenu à l’âge adulte, il se débarrassa des joliesses du style Continue reading Abrasif

Tropisme Hindemith

Voici peu, Paavo Järvi signait avec ses Francfortois pour Naive un coruscant album Hindemith qui plaçait en son centre d’irrévérencieuses Métamorphoses symphoniques sur des thèmes de Carl Maria von Weber. Je croyais l’affaire entendue Continue reading Tropisme Hindemith

Pour la Paix

Brossé rapidement sur le livret plein d’éclats de Louis de Cahuzac, Naïs fut donné à l’Académie Royale de Musique le 27 avril 1749 pour célébrer la victoire « à la Pyrrhus » d’Aix-la-Chapelle. Rameau y brûla un rien toutes ses cartouches dans le formidable Prologue : son bruit de guerre en guise d’ouverture et la lutte des Titans et des Dieux lui ont inspiré des effets qui saisissent encore aujourd’hui, mais si l’on trouve des interprètes sensibles, les trois actes de cette pastorale héroïque dévoilent leurs charmes, ses musiques de danse sont parmi les plus ouvragées coulées de la plume du Dijonnais, son orchestre reste toujours aussi étourdissant.

En 1980, Nicholas McGegan redonnait ses chances à l’ouvrage, un enregistrement suivi sans convaincre vraiment ; depuis, Naïs attendait son heure, la voici venue.

Emportant Prologue et Pastorale d’un seul geste, György Vashegyi incarne enfin l’œuvre dans toute sa magnificence, lui donnant un souffle épique, y distillant un théâtre tour à tour spectaculaire ou subtil qui rend justice autant au livret de Cahuzac – on ne voit plus guère Louis XV derrière Jupiter ou Georges II derrière Neptune, les caractères dramatiques s’incarnent en eux-mêmes – qu’à la musique si inventive de Rameau.

Et enfin, György Vashegyi offre à Naïs ce que McGegan ne pouvait lui offrir : une équipe de chant quasi toute francophone, pour laquelle la pratique historiquement informée est une première nature : Reinould van Mechelen, Neptune ardent, Florian Sempey, Jupiter dans toute sa superbe, le Pluton de Thomas Dolié, et la Naïs fruitée de Chantal Santon-Jeffrey – quel vrai théâtre !

Cette nouvelle anthologie de l’opéra baroque française née sur les rives du Danube hongrois est décidément prodigue en découvertes, hier l’Isbé de Mondonville, aujourd’hui Naïs, quelle sera la prochaine merveille révélée ? Campra mériterait bien les attentions de cette vaillante troupe.

LE DISQUE DU JOUR

Jean-Philippe Rameau (1683-1764)
Naïs

Chantal Santon-Jeffery, soprano (Naïs)
Reinoud Van Mechelen, ténor (Neptune)
Florian Sempey, baryton (Jupiter, Tirésie)
Thomas Dolié, baryton (Pluton, Télénus)
Manuel Nuñez-Camelino, ténor (Astérion)
Daniela Skorka, soprano (Flore, une Bergère)
Philippe-Nicolas Martin, baryton (Palémon)
Márton Komáromi (Protée)

Purcell Choir
Orfeo Orchestra
György Vashegyi, direction

Un album de 2 CD du label Glossa GLO924003
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Photo à la une : © DR