Théâtre des Passions

Toujours revenir aux Madrigaux, voilà l’éternel voyage de Rinaldo Alessandrini et de ses chanteurs. Une intégrale encore en cours – les Livres I, III et VII manquent – ne l’empêche pas en cette année du cinq-centième anniversaire de retourner à certains canti qui le hantent. Déjà voici douze ans, il offrait un album tout moire et deuil relisant le 6e Livre qu’il avait enregistré des années auparavant et qu’Arcana vient de rééditer (ici).

Aujourd’hui, tout en dévoilant une Sinfonia et un Madrigal du 7e Livre, c’est d’abord au 8e Livre, dont il a offert une version définitive (Naive, trouvez la magnifique édition en trois disques – livre agrémenté d’un essai de Richard Millet, toujours disponible ici) qu’il abreuve ses nouvelles recréations.

Visions nocturnes, entre amour et sang, blessures des guerres et des passions qui s’ouvrent sur la Sinfonia des Enfers de L’Orfeo, présage sinistre d’un disque très sombre dont la suggestive photo de pochette dit tout, cet élan contrarié, ce mouvement si baroque du cheval que la nuit engloutit.

Sommet de ce nouveau voyage à la lueur des flambeaux que tend le mystérieux concertato instrumental, le Combattimento, amer, âpre où l’on voit le sang couler, la passion dévorer, où Clorinde expire dans un violon qui tire jusqu’au bout le souffle de l’agonie par son archet. Quel théâtre si réaliste ! C’est mené autant par le Testo si juste, si mordant de Raffaele Giordano que par le geste expressionniste d’Alessandrini qui nous fait Monteverdi si moderne, nous le jette littéralement à la figure.

Tout le disque est de cette eau sombre, même lorsqu’il va au suave, on croirait voir un Caravage en mouvement, jusque dans les dis-harmonies qui ouvrent le Lamento della Ninfa et dans l’appel inextinguible que lance Anna Simboli, admirable désir qui refuse de se consumer.

Disque génial, probablement inépuisable, à mettre en regard de l’intégrale du 8e Livre d’il y a douze ans.

LE DISQUE DU JOUR

Night, Stories of Lovers and Warriors
Claudio Monteverdi (1867-1643)
L’Orfeo, SV 318 (extrait : Sinfonia de l’Acte III)
Il ritorno di Ulisse in patria,
SV 325 (extraits : Sinfonias de l’Acte I, Scène 2 et de l’Acte II, Scene 5)

Il Secondo libro di Madgrali
Ecco mormorar l’onde e tremolar le fronde, SV 51
Il Terzo libro di Madgrali
Vivrò fra i miei tormenti e le mie cure (Lamento di Tancredi), SV 72
II Sesto libro di Madrigali
A dio, Florida bella, il cor piagato, SV 110
Il Settimo libro di Madrigali
Al lume delle stelle, SV 138
Concerto (extrait : Sinfonia)
Madrigali guerrieri e amorosi (Madrigaux, Livre VIII)
Hor che’l ciel e la terra e’l vento tace, SV 147a
Così sol d’una chiara fonte viva, SV 147b
Sinfonia
Combattimento di Tancredi e Clorinda (Rappresentativo), SV 153
Lamento della ninfa, SV 163
Scherzi musicali, SV 233
Quando l’alba in oriente

Concerto Italiano
Rinaldo Alessandrini, direction

Un album du label Naive OP30566
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Photo à la une : © DR

Persévérance

Un premier opus discographique, rien moins que la Sonate D. 960 !, la montrait sous son vrai jour : son profond et ductile, sens des atmosphères tenu dans une langue très classique, évidence des contre-chants et du flux mélodique, Ran Jia était chez elle chez Schubert, y entrant par la grande porte du haut de sa petite vingtaine. Déjà pour ses dix-sept ans, elle médusait le public du Festival de la Ruhr avec les Sonates D. 958 et D. 959 ; le concert a été publié, faisant sa toute première fortune. Continue reading Persévérance

Weber de Prague

Du piano de Tomášek, je ne connaissais jusqu’alors que les Églogues, dont les six Cahiers groupant quarante-deux pièces attendent toujours une gravure intégrale, merveilles de poésie et de fantaisie très exactement situées entre Weber et Schubert et dont Rudolf Firkušný aimait à parsemer ses récitals. Mais rien de ses sept Sonates dont Petra Matějová offre ici trois en première mondiale. Continue reading Weber de Prague